En France, le 11 novembre est un jour de mémoire. En tout cas, théoriquement, car en pratique, c’est surtout l’occasion d’un jour férié !
Et pour cause : qui se rend encore aux commémorations ?

Lorsque je travaillais sur l’adaptation théâtrale de « A l’ouest, rien de nouveau », dans le cadre du centenaire de la grande guerre, je voyais à quel point les politiciens étaient fatigués de ces cérémonies… En effet, cela n’évoque plus grand chose à Monsieur et Madame tout le monde.
Il n’est sans doute pas un hasard que le monde entier semble se préparer à une prochaine guerre – ce qui me consterne, je dois bien l’avouer…
Toujours est il qu’à l’occasion du 11 novembre dernier, mon père nous a invités, via le fil de discussion familiale, à rappeler à nos propres enfants ce qu’est l’horreur de la guerre.
C’est alors que mon cher frère – que j’aime beaucoup, bien que nous ne soyons pas d’accord sur tous les sujets (encore heureux !) – a répondu que cette question n’était peut être pas la seule à discuter : il voulait aussi rappeler le sens du sacrifice, la reconnaissance, le maintien d’une certaine « flamme »… Et l’échange est effectivement devenu… enflammé !
Je vous épargne ce débat familial (intéressant, du reste, et qui en dit long sur l’état d’esprit des temps présents), pour aller à l’essentiel vis à vis de l’objectif du présent blog : le renvoi à des œuvres artistiques (en l’occurrence cinématographiques), qui expriment aujourd’hui comme hier la folie et la vacuité guerrière.
En revoyant les extraits de ces œuvres, il y a matière à penser… et à pleurer.
- Die Brücke : le pont
Dans ce film allemand, dont l’action se passe en 1945, il ne reste plus beaucoup de bras pour défendre le Vaterland (la mère patrie), et c’est ainsi que les adolescents sont enrôlés pour résister encore, coute que coute.

Évidemment, parmi les militaires, il reste encore des gens censés, qui savent que ce sacrifice serait vain.
Je me rappelle d’ailleurs ce dialogue entre deux soldats matures, l’un d’entre eux étant nommé responsable des jeunes recrues :
– Tu sais ce qui est le plus important, à la guerre ?
– Oui : ne pas se faire tuer.
Bref, on affecte aux gamins la surveillance d’un objectif idiot : garder un pont, par lequel les américains ne passeront évidemment pas, puisqu’il est hors de la route. Au moins resteront-ils en sécurité.
Mais dans la confusion et sur un malentendu, les ados perdent leur responsable. Les voilà donc livrés à eux-mêmes, la propagande plein la tête et armes de guerre en main…

Et comble de malchance, les chars américains arrivent justement devant ce pont ! Et c’est là que l’idée de bravoure et de sacrifice perd tout son sens…


Un excellent film, très touchant et… bouleversant.
2. Das boot
Voici un autre film allemand, portant sur la seconde guerre mondiale, en l’occurrence avec la “kriegsmarine”, c’est à dire le front naval.

Au départ, l’équipage est pimpant, avec de beaux uniformes et un sous marin dernier cri, flambant neuf.


Mais au fil des jours et des opérations, les premiers succès faisant place aux échecs, le ton change.

La tension monte, avec la pression de l’eau et les boulons qui lâchent, jusqu’à devenir insoutenable.

Finalement, le caractère insensé de tout cela apparaît au grand jour. Tout ça pour quoi ?



Un film exceptionnel, et bizarrement très adapté aux familles !
3. The young lions (le bal des maudits)
Un de mes films préférés du point de vie de l’interprétation dramattique, avec Montgomery Clift dans son meilleur rôle (et ce n’est pas peu dire), Marlon Brando en blond « aryen » (avec une interprétation très honnête) et l’excellent Maximillian Shell.


On suit ainsi deux lignes parallèles, américaine d’une part, avec deux soldats mobilisés, et allemande d’autre part. Ces lignes ne se croiseront qu’à peine, mais chacune est riche en attentes, rencontres et déceptions.
Surtout, ce film est riche d’enseignements, grâce à ces multiples perspectives « à l’échelle humaine ».
Il est un peu daté (années 50), c’est clair, mais si l’on a rien contre, c’est vraiment très bien.
4. Under sandet (Les oubliés)

Ce film danois se passe à la fin de la seconde guerre mondiale, alors que l’Allemagne a capitulé.
Les danois, revanchards, retiennent prisonniers les unités allemandes basées localement et les forcent à déminer les plages. Apres tout, ce n’est que justice, n’est-ce pas ?!?
Sauf que, si le système est effectivement responsable, les pauvres gars qui sont là sont-ils personnellement coupables ?
Là encore, il s’agit de jeunes gens de 16 ou 17 ans, qui n’ont rien demandé à personne.

Et les voilà forcés à désactiver les mines antipersonnelles, c’est à dire à manipuler la mort à une distance de 20 cm.

L’officier danois qui les encadre est un dur à cuire et ne leur épargne rien.
Mais avec le temps, son attitude change ; l’eau a passé sous les ponts et cette situation commence lui-même à l’interroger… Comment assumer un éventuel drame ?

Ce film (récent) est excellent ! Pour le coup, il est destiné aux adultes, compte tenu de la tension à peine soutenable et de l’omniprésence de la tragédie.
En voici la bande-annonce :
5. Les sentiers de la gloire
Ce film de Stanley Kubrick, sorti en 1957 en pleine guerre d’Algérie, a tellement gêné la France qu’il n’y a pas été distribué avant 1975 !
Cette fois, l’action se passe en 1916 ou 1917, à l’heure des grandes offensives inutiles. Les généraux des états majors ont tous leur idée lumineuse pour changer enfin la donne et effectuer la percée miraculeuse (Pétain était, à ce moment-là, l’une des exceptions), grâce à l’audace (toujours l’audace !) et au culte de l’assaut.

Mais lorsque les choses ne se passent pas comme prévu, et que la troupe refuse même de sortir des tranchées (sous les obus de son propre camp), alors il faut trouver un coupable !

C’est ainsi que quelques pauvres types, et notamment des fortes têtes, sont sélectionnés, jugés et condamnés pour l’exemple.

La scène de l’exécution est à la fois mythique, difficilement soutenable et absolument nécessaire ! Elle montre la folie guerrière dans toute sa splendeur, folie que nous gagnerions probablement à garder en mémoire, plutôt que de militer aveuglément pour un nouveau suicide collectif…
En voici la bande annonce (d’époque) :
—-
En passant en revue ces films, je me rends compte qu’ils partagent un principe : ils démarrent tous « haut en couleurs », dans une sorte de fièvre portée par les notions de gloire, de sacrifice, de communauté, etc. pour s’achever par un retour au sol ferme, une désillusion individuelle et une pensée humaniste.
Que pensez-vous de tout cela ?
Avez-vous d’autres références à partager, dont la portée artistique soit susceptible de nous éclairer, en ces temps incertains, voire troublés ?
V.
PS : une liste externe de films dans cette dynamique (que je n’ai pas tous vus, loin de là)