J’ai tout récemment décidé de reprendre des cours de guitare.
27 ans étant passé depuis les premiers… et 25 ans depuis les derniers (en tout cas, pour ne considérer que le cadre académique), il était grand temps, n’est-ce pas ?

Entre temps, au cours de toutes ces années, je m’étais effectivement concentré sur l’écritures de chansons, puis de manière plus intense encore sur le théâtre (avec, là aussi, un “retour à l’école”).
Mais l’épisode Covid avec ses confinements a eu cela de positif qu’il m’a incité à reprendre la guitare et l’écriture. J’avais découvert entre temps de nombreux styles, jusqu’alors inconuu, et je poursuis ces découvertes jusqu’à ce jour – lesquelles découvertes sont autant d’impulsions diffuses pour alimenter de nouvelles créations.
Finalement, avec un ensemble de morceaux à produire, je suis retourné au home studio de manière à la foi plus intense et régulière.
Lors des sessions d’enregistrement, il m’est revenu à l’esprit un mot prononcé par l’un des amis : “c’est bien ce que tu fais, mais tu n’es pas assez précis”.
(Oscar Wilde disait, dans De l’importance d’être Constant : “je ne joue pas précisément [au piano] – n’importe qui peut jouer précisément – mais je joue avec une merveilleuse expressivité !”)
Et c’était bien vrai !
Quand on joue pour soi-même, et même en concert (au moins pour le type de musique que je joue), ce n’est pas très grave, puisqu’on accepte bien volontiers les petits aléas.
En revanche, en studio, et plus particulièrement lorsqu’on enregistre tous les instruments les uns après les autres, et que l’on garde un certain niveau d’exigences, alors cette question de précision devient prégnante.
Bien évidemment, il existe aussi “l’effet blouse blanche”, qui serait plutôt, pour les musiciens de studio “l’effet lumière rouge” : lorsque la lumière passe au rouge, cela signifie par tradition qu’on enregistre. C’est alors qu’on perd soudainement de la spontanéité : le jeu devient plus mécanique, puisqu’on tend à focaliser son attention sur le fait que l’enregistrement est en cours, qu’on doit être bon, etc. Bref, on s’auto-juge (erreur de base) et on en perd le “groove”…
Cet effet est si clair et répandu parmi les musiciens qu’on garde finalement assez souvent la première prise d’essai et qu’il existe même des formations pour apprendre à jouer dans la zone.

Au-delà de cette question de précision, et pour avoir développé un niveau par la pratique, notamment en travaillant sur des reprises (par exemple la chanson Blackbird, des Beatles, pour le fingerpicking), ou à l’aide d’exercices, j’avais le sentiment de pouvoir jouer à peu près ce que je voulais ou ce dont j’avais besoin pour les compositions.
Et pourtant, lorsqu’on apprend à connaitre de nouveaux langages musicaux, on comprend aussi qu’il existe un potentiel infini pour élargir ses propres horizons sonores…
Soyons spécifiques, en évoquant quelques guitaristes inspirants, qui nous gratifient en prime d’une écoute libre de leur travaux :
- Estas Tonne : avec sa guitare nylon “new-wave” et ses multiples effets, il ouvre tout un champ de possibilités expressives, réinterprétant librement les traditions de guitare classique, gitane, voire flamenco, avec une dimension méditative :
- Introspection : Introspection || Estas Tonne || 2016
- Beyond : Estas Tonne || Beyond
- Internal Flight (movie adaptation) : Internal Flight || Full Movie + Subtitles || Estas Tonne & Paganel Studios
- Gustavo Santaolalla utile notamment la guitare à cordes métal pour générer des musiques atmosphériques (régulièrement utilisées au cinéma). Il joue parfois aussi d’une sorte de toute petite guitare argentine, appelée “charango“
- Iguazu : Gustavo Santaolalla y Estela de Carlotto – “Iguazú” (Derechos Humanos) ou, dans un style assez similaire : Gustavo Santaolalla – De Ushuaia a La Quiaca (Encuentro en el Estudio)
- Secret de la montagne : Gustavo Santaolalla – Secreto en la montaña (Encuentro en el Estudio)
- Dans un style très proche du tango : Gustavo Santaolalla – Pa Bailar (Encuentro en el Estudio)
- Ou encore Justin Johnson : grâce à son approche essentiellement instrumentale (les voix sont rares) de ses adaptations ou via ses créations originales, il nous propose lui aussi de merveilleux horizons :
J’admets bien volontiers que cela ait pu influence mes humbles travaux, notamment dans ces deux titres :
- Maquette pour un Western : Western
- Babel : https://vimeo.com/843184040
J’ai donc senti qu’il ferait sens d’approfondir, de manière à nourrir plus concrètement mon univers musical.
Après avoir ausculté les multiples possibilités qui s’offraient à moi, j’ai décidé de commencer avec les leçons en lignes, proposées par le même Justin Johnson.
Elles se rapportent au Blues (que je connais finalement assez mal), mais pas seulement.
Il s’agit avant tout d’une question d’attitude à la guitare : typiquement, il ne s’agit pas de chercher le son le plus pur, sans faille, ni de matériel le plus cher possible, mais plutôt une question de toucher et de sentiment, ainsi que de construire une relation à l’instrument. Cela prend tout son sens avec une guitare acoustique : où jouer (main droite) – au niveau de l’ouverture, ou plutôt vers le chevalet (pour un son plus ou moins rond, plus ou moins métallique) ? Pourquoi et comment réaliser un étouffement des cordes graves avec la paume, tout en jouant les notes plus aigües avec clarté ? Comment générer un rythme et un groove avec uniquement la corde de mi-grave à vide ? Quel est l’utilité d’un point d’ancrage (au niveau du coude ou du petit doigt) ? Apprendre à laisser sonner une note jusqu’à son terme, avec tout ce que cela peut apporter à une improvisation ; apprécier ce son pour ce qu’il est, ce qu’il apporte et évoque – plut^to que de foncer dans un solo aussi rapide que possible…
J’ai donc suivi ses leçons sur le jeu au doigt, et je travaille actuellement sur son cours hill-country-blues.
Si je ne peux pas partager de vidéos, pour d’évidentes raisons de droit d’auteur, il existe en revanche un ensemble d’excellentes ressources accessibles sur la page YT de l’artiste :
- Apprentissage d’un morceau : THE ULTIMATE “Folsom Prison Blues” Fingerstyle Guitar Lesson with TABS! by Justin Johnson
- Les fondations du jeu au doigt : Fingerpicking Tips To Save Years of Guitar Practice
- Le Groove du Delta : Delta Groovin’ with Justin Johnson
Ainsi, il s’agit pas tant (ou pas seulement) de progresser, mais essentiellement de sortir de la zone de confort et de découvrir de nouveaux moyens d’expressions, lesquels sauront – avec un peu de chance – se cristalliser dans de nouveaux morceaux dans les mois à venir.
Par exemple, je travaille actuellement à une suite au morceau Babel (voir ci-dessus), en continuité de cette première pièce, mais avec pourtant quelque chose de vraiment différent. Je suis assez confiant et j’espère que le temps est proche d’une première démo à partager avec vous.
Affaire à suivre…