Légendes et références : Either / Or, d’Elliott Smith


Aujourd’hui, j’écris à propos d’un album de légende, une référence musicale indéniable (en tout cas à titre personnel) : “Either / Or”, d’Elliott Smith.

Cet album est effectivement exceptionnel à bien des égards et unique en son genre. Naturellement, tout commence (heureusement) avec sa musicalité. 
Pour le dire simplement, il s’agit du meilleur de Smith et une sorte d’OVNI de la fin des années 90.

Si vous ne connaissez pas cet artiste, permettez-moi de le présenter brièvement, en une phrase : Elliott Smith était la quintessence de l’auteur-compositeur-interprète américain.

Commençons simplement par écouter l’une des chansons de l’album (aimablement mise en ligne par le label Kill Rock Stars) : https://elliottsmith.bandcamp.com/track/between-the-bars-2

A partir des années 2000, son influence apparait de manière évidente sur le petit monde du folk indépendant (histoire de le ranger dans des cases). A la fin des années 90, ce genre restait encore essentiellement “underground”.

Steve Paul Smith est né à la toute fin des années 60, à Portland, dans l’Oregon et a grandi au Texas. 
Il se situait au croisement entre deux profils psychologiques contradictoires en apparence : le mec dur à cuire et le poète… D’ailleurs, à titre d’anecdote, vous pourrez noter un tatouage intéressant sur le biceps : Ferdinand le taureau. Dans cette histoire pour enfant (d’ailleurs excellente), l’animal est forcé de jouer au dur, d’autant qu’il en a l’apparence, car c’est ce que réclame son entourage. Et pourtant ce que Ferdinand aime, lui, ce sont les fleurs ! Il s’agit naturellement d’une métaphore de Smith lui-même.

Les Beatles ont constitué chez lui la référence ultime, notamment en termes d’harmonies (plus que pour les textes, par exemple) et cela s’entend clairement.
Au début des années 90, Smith faisait partie d’un groupe appelé Heatmiser, qui s’inscrivait dans le prolongement de la scène punk grunge. A vrai dire, de belles petites choses en sont sorties, notamment avec leur 3ème et dernier album : “Mic City Sons”

CRUEL REMINDER : https://www.youtube.com/watch?v=LKWb1RyEya4

Smith semble avoir été lassé de ce rôle imposé, avec ce groupe, du “rockeur brutal et électrique” et c’est pourquoi il a mené ses propres projets, en parallèle, qui ont abouti dans deux albums : “Roman Candle” (1994) et “Elliott Smith” (1995). Il s’agit de disques allant à l’essentiel, avec guitare acoustique et voix (quoique des percussions apparaissent ponctuellement dans le second album), donc dans un style “underground”.
Il y a quelques perles dans ces disques, notamment : “Last Call”, “No Name #3”, “Kiwi Maddog”, “Christian Brothers”, “Clementine”, “Coming Up Roses”, “The White Lady Loves you more”…

C’est après ces deux coups d’essais qu’apparaît Either / Or, en 1997, au pivot entre deux styles : conservant cette honnêteté brut (très punk, finalement) mais avec pour autant une ambition musicale réelle.

Après Either / Or, les albums suivants seront plus orchestraux, suite au succès rencontré grâce à l’inclusion de quelques chansons de l’album dans le film (assez bon) : Will Hunting. Smith avait d’ailleurs composé une chanson originale pour le film, qui lui valut d’être nominé aux Oscars. Selon la légende, il se sentait totalement hors phase, au milieu des paillettes du monde Hollywoodien.

Le 4ème album, XO, avait perdu quelque chose, bien qu’il abrite quelques titres excellents. Il y avait là quelque chose d’un peu faux.

Le 5ème album, Figure 8, est quant à lui tout à fait excellent, avec un retour au rock et quelques chansons formidablement nettes telles que “Junk Bond Trader”, ou encore “Happiness” :

JUNK BOND TRADER : https://youtu.be/KAXXJEj3AwY?si=NQJRiExTrc4uNPV4

Son dernier projet, finalisé seulement après sa mort avec des bouts d’enregistrements, devait s’appeler : “From a basement on the Hill” et semblait se diriger vers des chemins similaires à Figure 8. D’après ce que l’on peut en juger aujourd’hui, certains titres résonnaient d’une rythmique étonnante (par rapport à ses habitudes), notamment : “Coast to Coast”, ou encore le dernier titre : “A Distorted Reality is Now Necessary to Be Free”.

Mais revenons donc au thème de ce billet, avec une question : qu’est-ce qui fait de cet album Either / Or, une référence ? 

Pour y répondre, permettons-nous un petit détour plus ou moins poétique : lorsque l’intimité semble être à fleur de peau, sur un fil, mais qu’elle tient debout, malgré tout, on touche à l’œuvre d’art. Les harmonies sonores, soutenues par un texte étonnant, offrent une perspective à la fois large et épaisse, comme s’il s’agissait d’un dernier message, abandonné à la mer. L’esprit et l’âme résonnent au fil de mélodies sombres et pourtant réconfortantes. Elles nous apaisent, en tant qu’auditeurs, mais semblent aussi réclamer quelque chose en retour, comme une sorte de gratitude. La sensibilité, la tendresse et la peine sont exprimées sans autre barrière que la cristallisation musicale (c’est à dire avec goût et tact), et s’offrent sans compromission, ni naïveté. Certes, l’ensemble est assez sombre, mais pas moins dynamique ni vivant. Finalement, après quelques 36 minutes d’écoute, on se sent à la fois plus léger et plus ancré en soi-même, comme après une bonne séance de méditation.

Bien sûr, ce ne sont que des mots et sensations personnelles, mais (ré-) écoutons donc quelques titres de l’album, en commençant par l’une des meilleurs chansons : “Speed Trials”.
Je me rappelle encore, comme si c’était hier, du moment où je l’ai entendue, pour la première fois. Mon cher parrain, Guillaume, tenait à me faire écouter quelque chose dont j’ignorais l’existence et a enclenché ce CD. Après quelques mesures seulement, je lui ai répondu : “mais c’est génial !”… et il restait encore un formidable développement musical jusqu’à la toute fin : https://elliottsmith.bandcamp.com/track/speed-trials

Je vous invite aussi à écouter : “Cupid’s trick” : https://elliottsmith.bandcamp.com/track/cupids-trick

Ou encore, ce titre envoutant : 2:45 AM : https://elliottsmith.bandcamp.com/track/2-45-a-m

Et finalement, cette chanson presque romantique : “Say Yes” : https://elliottsmith.bandcamp.com/track/say-yes

Naturellement, toute appréciation est subjective, mais j’ai le sentiment que lorsqu’on tombe sur un album où au moins la moitié des titres sont excellents, il s’agit d’un grand album. Pour moi, à mon oreille, il s’agit encore et toujours d’une référence absolue.

L’album complet est disponible à ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=UuizNQUOFCI&list=PL6KwzgIePF4BbeyY14AVTLNz12UjMcJWC

Espérant vous avoir fait découvrir ou redécouvrir quelque chose aujourd’hui ; à bientôt !


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