Il était une fois un projet théâtral, d’une compagnie théâtrale amie, dont je préparais la captation. Alors que je réglais les caméras, au cours des répétitions, je demande à l’éclairagiste de m’envoyer un “plein feu” (c’est at dire une scène avec le maximum de projecteurs allumés), pour me permettre de configurer l’ouverture maximale de l’optique (pour éviter de brûler l’image) et surtout pour faire la mise au point dans les meilleures conditions de lumière “une bonne fois pour toutes”.
Tout en s’exécutant, il me répond d’un ton sarcastique : “de toute façon, tu n’arriveras pas à ne plus toucher à tes réglages !”
Piqué au vif, je me promettais alors silencieusement de tenir ma ligne et ne pas céder à cet augure… pour n’être bien évidemment, tel Faust, que trop tenté par la suite !

La nuit des rois, compagnie “Les choses ont leurs secrets”
https://www.leschoses.net/la-nuit-des-rois
Cette anecdote exprime le besoin (assez étrange) de reprendre un travail pourtant réputé accompli.
Je pense ici aux tournages et enregistrements sonores, avec les (re)prises à répétition, et surtout à la phase de montages vidéos ou au mix des productions musicales.
En les revoyant ou réécoutant de temps à autres, les défauts surgissent alors en pleine face. A ce moment-là, cela relève de la lutte, pour ne pas y revenir encore et encore… dans une quête de perfection que l’on sait fuyante.
Pour autant, il existe des situations, où une telle reprise s’impose : lorsque l’on ne parvient pas (ou plus) à assumer une production, ni même à la partager, alors que l’on connait son potentiel.
Cette situation m’est arrivée récemment, avec un titre que j’espérais achevé : Babel #01. Si le cœur vous en dit, voici la première version :
De mon point de vue, cette version reste écoutable, mais elle souffre cependant d’imprécisions, notamment rythmiques, qui gâchent son potentiel de résonance intérieure.
En effet, plusieurs fois au cours du titre, alors qu’un thème harmonique ou rythmique prometteur s’engage, le mouvement intérieur de l’auditeur se trouve brisé dans son élan… et la sauce ne prend pas.
C’est pourquoi, dans un accès d’enthousiasme (ou de honte), j’ai décidé de mettre les (nombreux) autres projets en pause, pour me consacrer au ré-enregistrement de ce titre-ci : après tout, Babel#01 est fondateur de cette série instrumentale !
Au départ, cela devait rester ponctuel, avec une focalisation sur les parties les moins réussies… Mais, naturellement, les choses ont dérivé, pour préserver la cohérence des sons d’un bout à l’autre du titre et surtout garantir un bon enchainement entre les parties. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé à tout refaire !
Du reste, tant qu’à répéter (encore et encore) avant l’enregistrement, c’était aussi l’occasion de ré-écrire les arrangements.


La lumière verte, haïe des acteurs et pourtant propice au calme et à la focalisation, pour les sessions de répétition / arrangement
Il est d’ailleurs amusant de constater qu’à la fin, la nouvelle version reste finalement très proche, dans son arrangement, de la version initiale.

Bref, je souhaitais donc partager avec vous ce travail en cours (qui me prend un temps déraisonnable, d’autant que j’ai peu de disponibilité en ce moment) et, dans l’idéal, récolter vos impressions.
Dans l’immédiat, seul 15% du titre est à la fois ré-enregistré (pour les deux guitares), dérushé, mixé et compilé (avec deux micros pour chaque guitare)… mais je gage que cet extrait est déjà révélateur.
Voici donc (à écouter si possible au casque) :
- La première version (sans l’ambiance urbaine) :
- La nouvelle version (idem, avec les guitares uniquement) :
Globalement, les impressions qui se dégagent sont :
- Un son plus net, plus précis, dans lequel le groove s’installe mieux
- Un saut qualitatif portant essentiellement sur la guitare n°2 que j’appelle ici “basse” ou “rythmique”, par opposition à la guitare n°1, porteuse de l’harmonie dans les aigus. En effet, cette guitare n°1 s’inscrit dans une stylisation par les effets de chorus, ce qui en gommait déjà les imprécisions dans la première version.
Il me semble ainsi que cela est plutôt encourageant, bien qu’il puisse paraitre un peu délirant de retravailler un titre, alors qu’il y a encore tant en chantiers par ailleurs !
Qu’en pensez-vous ?
Amitiés.
Volkan
2 responses to “Le mieux est-il l’ennemi du bien ?”
[…] a ainsi été difficile d’avancer Babel#01, ce morceau instrumental que je ré-enregistre (voir ce billet), en espérant que cette fois soit la […]
J’aimais déjà bien la première version mais il est vrai que l’effet sonore est plus fort, plus résonnant avec la nouvelle version !