Ex Mundus


Ecrire pour son tiroir ?

C’est ce qu’a choisi de faire Irina Vladimirovna Golovkina, dans les années 60, en URSS, avec son récit “Les Vaincus” (en russe : “Le Chant des Cygnes”). Cette oeuvre romanesque n’était en effet pas destinée à la parution, du moins de son vivant et selon ses volontés. Elle fut donc mise en sureté, jusqu’après la mort de l’auteur, puis ressortie dans les années 90, pour être enfin partagée. Quel étrange destin !

Combien de romans, de chansons, de poèmes et de projets se retrouvent remisées aux tréfonds d’un tiroir, d’une armoire, ou d’un disque dur ? Précieux trésors pour leur auteur, mais simple amas de papier ou d’octets pour ceux qui seront chargés un jour de nettoyer la poussière…

Je me souviens de deux autobiographies, que j’ai pu consulter : celles d’un comédien, Jean-Marc Avocat, avec lequel je m’étais lié d’amitié, et celles de mon vieux voisin, Monsieur Batista : “Je suis un imigré” (avec la faute). Ces deux livres étaient touchants, parce les auteurs s’y livraient, en toute intimité.
Quelles pouvaient être leur intention et leur motivation : laisser une trace ? Se libérer de crises intérieures, jusqu’alors bloquées ?

Si l’on accorde de la valeur aux sondages, il semblerait que 15 à 20% des français poursuivraient un projet d’écriture, mais que 8 projets sur 10 resteraient au tiroir : https://www.artisansdelafiction.com/finir-projet-roman/
Au-delà des statistiques un brin accrocheuses du début de cet article, sa lecture est tout à fait intéressante.

Toujours est-il que j’ai résolu de finaliser ce vieux projet, démarré en 2013 !
10 ans ; cela commence à faire… Il était grand temps de le sortir de mon mental et de faire respirer au grand air la somme d’émotions accumulées, de leur faire prendre forme par le clavier, pour exister sur un disque dur, puis – qui sait – chez d’autres gens ?

Il s’agit d’une pièce de théâtre – forme particulière s’il en est : difficile à lire, même dans son fauteuil, elle porte néanmoins, en germes, la vie, voire plusieurs vies si l’on compte celles des rôles ! Mais, après tout, n’ont-ils pas le droit d’exister eux-aussi ?

Le thème porte sur un potentiel “monde d’après”, qui reflète à sa manière notre monde d’aujourd’hui. Imaginons qu’il y ait bel et bien un effondrement du monde tel que nous le connaissons (et cela peut prendre bien des formes). Qu’arrivera-t-il à ceux qui resteront ? Quel sera leur relation à une nouvelle vie et à d’autres réalités quotidiennes ? Qu’emporteront-ils du monde d’avant ?

En l’occurrence, nos personnages se retrouvent exilés, et coincés, dans un lieu écarté des conflits. Ils tâchent de subsister et de retrouver un sens à leur existence. C’est difficile, notamment pour les plus anciens, déracinés. Pour les plus jeunes, cette situation n’est pas moins compliquée : quel avenir leur reste-t-il ? Peuvent-ils encore nourrir des projets ?

Un soir, alors que la famille est rassemblée, les ados et jeunes adultes soulèvent un coin de la marmite et la pression s’échappe ! Où cela les mènera-t-il ? Leurs reproches amers, adressés aux parents, (ré)ouvrent des plaies que l’on croyait cicatrisées. Rien n’a été fait quand il était temps, comment l’assumer désormais ?

Évidemment, tout ça n’est qu’un prétexte à une exploration intérieure plus profonde. Cela parle du rapport au temps, à soi et à nos évolutions. La pièce parle des choix, de la manière d’envisager la vie lorsqu’on nous ressasse que c’est la crise. Elle parle aussi de ce que c’est que d’être adulte.

Je vous invite à découvrir ce texte. N’hésitez pas à le transmettre à votre tour, s’il vous parle. Je suis également intéressé par vos impressions (directement en commentaires ci-dessous, ou alors par courriel : volkan.artz@gmail.com)

Version EPUB

Version PDF

,

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

fr_FRFrançais