Comme vous l’avez read it already, je voue une admiration presqu’enfantine aux contes de Hans Christian Andersen.
Au-delà de leur qualité littéraire, à l’oralité presque théâtrale, c’est surtout l’imaginaire et la fantaisie qui m’enchantent. Ce sont ainsi les histoires qui parlent de jouets, de fleurs et autres héros réputés inanimés, qui fonctionnent le mieux à mes yeux (intérieurs).

Dans le même esprit, j’ai eu l’occasion, un soir à Moscou, de voir un spectacle pour enfant, Moscow, a theater performance, which had been directed by the great Stanislavsky himself in 1908 (and reconducted from time to time up to now) : il s’agissait de “L’oiseau bleu”, une pièce de Maurice Maeterlinck.
La force de ce spectacle, à la scénographie directement héritée d’un imaginaire enfantin très XVIIIème ou XIXème, résidait dans son idée : révéler la vie secrète des choses et surtout voir au-delà des apparences.

C’est ainsi que les deux héros de l’histoire, Tyltyl et Mytyl, frères et sœur de 7 ou 8 ans, sont surpris, la nuit, par des bruits. Ils rencontrent ainsi l’esprit du pain, l’esprit du lait et bien d’autres compères…
Bref, la fantaisie toute pure.

Je me souviens de ce spectacle, car il trasnportait petits et grands, ébahis, en dépit d’une mise en scène extrêmement simple. C’était l’imaginaire qui fonctionnait et – une fois n’est pas coutume – on se refusait à prendre ici les enfants pour des imbéciles.

In a word, these texts, show and idea still feed a certain inner world of mine (and not only mine, hopefully).
Stories from the balcony
Nous vivons à Marseille et avons la chance immense de bénéficier d’un balcon. Or, sur ce balcon, il s’en passe des choses… et encore, nous ne sommes pas au courant de tout !

There, we've got clothes balancing in the wind, succulent plants developing on their own, geranium struggling from time to time under the heat and we might find traces of human life as well - all of this contributing to create a little world on its own.
C’est ainsi que j’ai imaginé une suite de petites histoires, dont je vous livre aujourd’hui un exemplaire : “Roule-tomate”.

Dans ce texte très court, j’essaye d’évoquer un univers, une atmosphère, des vies intérieures et des relations. A travers les rebondissements (c’est le cas de le dire, comme vous le verrez) et les circonstances changeantes, ce seront des rencontres inopinées et de nouvelles opportunités de… raconter une histoire !
The Rolling Tomato
Let's figure a cute little tomato, round and red, crusty in a word - one of those which we call "cherry tomatoes".
It was standing at the top of a small mountain of other tomatoes - its siblings, most probably - waiting in a little Asian bowl.
It stood there, in front of the sun, without listening to the others ones below : "hey, that's my turn, now !" ; "ouch, you're crushing my peduncle…" but it truly didn't bother to care about their complaints and rather radiated out of joy and proudness, over the top.
It was actually in such a prominent situation that when a human hand suddenly touched the bowl, everything trembled and the little tomato fell and rolled down the slope to the ground… carried away to the gutter, it finally stopped in the middle of flowers and leaves. Lost in this ocean of greenery, and still a bit dizzy, the tomato hardly heard the voices of human beings, searching for it, and didn't answered back and soon got forgotten.
Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque, rouvrant enfin ses yeux (un peu pochés), elle en rencontra des dizaines d’autres, rivés sur elle : c’était le clan des géraniums !
Jamais au grand jamais, ils n’avaient croisé de tomate, aussi étaient-ils à la fois intrigués et un peu effarouchés par une arrivée si fracassante… (foi de géranium, on n’avait jamais vu ça !)
Au bout d’un petit moment, la curiosité l’emporta, si bien qu’ils firent connaissance et que, bien vite, la petite tomate se sentit comme chez elle…
Là encore, elle n’était pas peu fière d’être le centre de toute l’attention. Elle racontait, à qui voulait l’entendre (et il y en avait beaucoup), ce que c’était qu’être là-haut, sur la table, avec le soleil pour compagnie. Mais le clou du spectacle était toujours sa description épique de la grande roulade… Et pour cause : quoi de plus incroyable pour des géraniums, immobiles et enracinés, qu’un bond si audacieux vers le vaste monde ?
Elle la raconta tant et si bien, cette histoire, que la roulade prit, avec le temps, une dimension presque mythique. Elle-même, à force de la raconter, ne parvenait plus vraiment à discerner le vrai du un-peu-moins-vrai, les authentiques souvenirs du reste… Mais elle aimait tant partager ces instants que c’en était une joie rien que de la regarder.
C’est alors qu’un beau jour (la peau désormais un peu plissée par le temps, mais non moins loquace), un grand charivari éclata parmi les feuilles. C’était la dame humaine qui s’agitait, nettoyait et arrangeait son balcon. Elle coupa ainsi la parole à la petite tomate (au meilleur moment, en plus) en ouvrant les belles feuilles des amis géranium… : “Mais, tu es là, toi ?”
Once said, she picked up the tomato and took it away...
Our little tomato-hero, quite frightened, felt like a cold wind all around its rumpled skin, heard a metallic noise of some kind and then fell into a hole, which looked darker than night itself. The whole sky closed in a terrifying noise
BANG !
All alone, in this new place, the tomato was trembling out of fear and stood motionless, in the silence.
Puis, prenant son courage par l’épicarpe, elle demanda d’une petite voix toute tremblante : “euh, il y a quelqu’un ?”…
The silence was almost deafening
– “Je suis… toute seule ?”
– “Mais non”, lui répondit une voix sourde et même un peu renfermée “je suis là, moi aussi” ;
– “Et moi aussi”. “Et moi alors !”… une véritable cacophonie de voix diverses ;
La grosse voix reprit : “Mais qui es-tu, toi ?”
– “Et bien, euh, mais je suis la petite tomate !… Vous savez, celle qui roule…”
Un frottement s’entendit à ses côtés
– “Vrai de vrai, la véritable petite tomate ? Tu me reconnais ? Je suis une fleur de géraniums ! J’étais tombé par terre, moi aussi, et la dame humaine m’a ramassée, pour me jeter ici, avec un peu de terre et plein d’autres amis…”
– “Mais alors, on se connait ?” S’exclama la petite tomate. “Et pour les autres, vous voudriez que je vous raconte mon histoire ?”
Et c’est ainsi que la petite tomate fripée raconta de nouveau sa roulade, encore et encore, à qui voulait l’entendre – et il y en avait beaucoup !
—–
Alors, qu’en dites-vous ?
V.
One response to ““Roule-Tomate”, une histoire qui se déroule sur nos balcons”
Bonjour Volkan, c’est très joli ! J’aime beaucoup le jeu sur les mots -et roule badaroule- et l’histoire qui croise toutes ces petites existences ! Allez, j’en ajoute une comme j’aime beaucoup la chanson de “La complainte de la serveuse automate” (https://youtu.be/LtBPsl6-oIc?si=0z9-9iA7ijhTXf18) :
La serveuse automate
Cultivait bien ses tomates
Au soleil de son balcon filant
L’un des fruits chuta et roulant
Fut rescapé de l’Underground