Aujourd’hui, je souhaite écrire quelques lignes à propos de la “trilogie marseillaise”, ces pièces de théâtre de Marcel Pagnol, également transformées en films.
Il s’agit en effet de merveilleux instants de théâtre, qui méritent d’être mieux connus de nos jours, tant ils apportent de fraicheur, de légèreté mais aussi d’intelligence et Dieu sait que nous en avons besoin !
Ces pièces datent des années 30 et connurent un grand succès, en particulier au niveau national (mais pas seulement). Malheureusement, elles sont un peu oubliées aujourd’hui (et il faut admettre que les nouvelles versions cinématographiques ne sont pas très réussies, car trop artificielles). C’est bien dommage, car elles sont véritablement vivantes !
L’action se déroule à Marseille, ce qui est déjà assez rare pour être mentionné, avec un bon lot de régionalismes de bon aloi (à mon avis) qui apportent un charme et une atmosphère sympathiques. Il pourrait s’agir de clichés si l’écriture et l’interprétation n’étaient pas si justes et organiques.
Concernant les films, les sous-titres ne sont pas de trop, même pour les (jeunes) auditeurs français, compte tenu des accents bien prononcés et des techniques de prise de son, qui n’était pas parfaitement au point dans les années 30.
Un dernier mot d’introduction : Marcel Pagnol était un dialoguiste hors pair (lors des prises de vues, il s’installait d’ailleurs, dit-on, dans la cabine de pris de son, pour vérifier la justesse du jeu par la voix) et possédait un sens poétique absolument remarquable. J’espère écrire prochainement à propos d’autres parties de son œuvre :
- Les autobiographies, bien sûr, que je n’ai (enfin) lues que tout récemment, avec en particulier : “La gloire de mon père” et “le château de ma mère”, deux textes très émouvants
- Ses romans, dont “Jean de Florette” et “Manon des Sources”
- Ses pièces : “Topaze” en particulier, ou encore “la femme du boulanger”, etc.

Ces œuvres sont si belles qu’elles participent, à leur manière, au répertoire littéraire du 20ème siècle.
Marius
Nous pouvons raisonnablement nous baser sur les versions filmiques, puisqu’elle suivent de très près le texte écrit – que je recommande du reste… parce que c’est génial ! D’ailleurs, Pagnol a pu conserver (à l’exception de Maitre Panisse, je crois) la même équipe pour les films que pour les adaptations scéniques.
Dans cette histoire, nous rencontrons tout d’abord une équipe de vieux “collègues”, gravitant autour du bar de la Marine, tenu par le corpulent César. Alors que les compères jouent aux cartes et partagent leur pastaga, la jeune génération rêvasse… Elle, Fanny est secrètement amoureuse de Marius, le fils de César. Lui, Marius, est certes un brin jaloux, mais surtout attiré par le grand large. Soupirant après la vie aventureuse, au grand air, par delà les mers et les océans, il ne peut imaginer passer sa vie entre les quatre murs du bar de la Marine, aux côtés de son vieux père acariâtre. Ah, Madagascar, les Indes, le Brésil, voilà la vie rêvée !
A most excellent play, really !
Let's have a look at a few scenes ,with English translation (not complete, but about all right) :
Now, you can have a look at the whole movie at the following link (but without translation) : https://www.tokyvideo.com/fr/video/marius-vf
Globally, this writing piece is almost literature !
Fanny
Dans le second opus, nous nous focalisons sur la “fille de la porte d’à-côté”, Fanny, qui se retrouve enceinte, alors que le père “par accident”, Marius, vogue sur l’océan indien.
Fanny est une jeune femme très courageuse, mais à l’époque, c’est une situation bien compliquée qu’elle doit surmonter (elle l’est probablement toujours, de fait, quoique pour d’autres raisons)… Toujours est-il que le vieil Honoré Panisse la demande en mariage. Serait-ce la porte de sortie… honorable ?
Il s’agit d’un développement dramatique très réussi à la première partie.
Dans les extraits suivants (que j’ai pu dégoter), l’action ne porte pas sur le thème principal, mais il s’agit là-aussi de beaux moments de théâtre :
Here is the whole movie (in French only) : https://www.tokyvideo.com/fr/video/fanny-vf
César
Avec le dernier volet de la trilogie, on s’intéresse cette fois à César… mais auquel ? Au vieil homme toujours aussi truculent ? ou bien au fils de Fanny, qui a désormais 20 ans et qui partage ce prénom ? Ou bien aux deux ?
Voici une nouvelle réussite, tout à fait au niveau des deux premiers et qui apportent même le luxe d’une certaine profondeur (pour une comédie).
Et voilà une scène hautement spirituelle, n’est-ce pas, à propos de la mort prochaine de l’ami Honoré Panisse (il ne s’agit pas d’un spoiler, car il s’agit du début du film…)
And here is the whole movie (in French) : https://www.tokyvideo.com/fr/video/fanny-vf
Conclusions :
De temps et à autres (et surtout en nos temps troublés et confus), nous avons besoin d’un peu de poésie, d’intelligence et d’humanité. Cette trilogie nous offre tout cela, à la manière d’une respiration bien mérité et d’un faisceau de joie – et ça fait du bien !
PS : for international viewers, in search of the movies, with subtitles, there are a few legit versions in the VOD format (Criterion / Apple TV / Amazon) :
- Marius : https://www.criterion.com/films/28857-marius
- Fanny : https://www.criterion.com/films/28858-fanny
- Cesar : https://www.criterion.com/films/28859-cesar
PPS : pour le plaisir, je ne résiste pas à partager cette anecdote toute récente : alors que nous nous baladions du côté du vieux port, à deux pas de ce bar de la Marine de la trilogie, nous pensions emprunter le fameux “ferry boat”‘ (attention à bien prononcer toutes les lettres), mais quelle n’est pas notre surprise en le voyant inactif, un samedi après-midi !?!… et pour cause, comme le montre cette photo, le temps était apparemment à la tempête ! Ahh, Marseille…

