The hidden power of short movies


Short movies, as well as short stories, have a value on their own.

Dans ma jeunesse (et donc bien avant d’en produire moi-même), je tendais à les considérer comme des “sous-formes”, donc d’un intérêt limité. Pour le dire franchement, je pensais que les courts n’avait de valeur que “pour le fun”, ou qu’il ne s’agissait que de tentatives de réalisateurs n’ayant pas les moyens de produire un “véritable” film.
Dans certains cinémas, en ce temps là, il arrivait qu’un film commercial soit précédé d’un court, que nous regardions négligemment (comme la plupart des choses gratuites ; quelle idiotie !…)

It's fair to say that :

  • Les court-métrages n’ont AUCUN potentiel économique, et notamment vis-à-vis de l’industrie du divertissement. Et comme nous le savons tous, une chose qui ne “fait” pas d’argent n’a aucune valeur dans ce monde, n’est-ce pas ?
  • De fait, il est assez étrange que les courts-métrages n’aient presque jamais pu bénéficier d’un traitement similaire aux nouvelles littéraires, lesquelles sont régulièrement publiées (par exemple avec Anton Tchekhov, Stefan Zweig, Maupassant…)
  • Par ailleurs, il est vrai qu’il s’agit souvent d’une forme valorisée par les jeunes réalisateurs pour faire leurs armes (essuyer les plâtres) et prouver leurs capacités… dans le but avoué d’être repérés et de trouver finalement des financements pour produire un authentique film commercial. Dans ce cas, les courts ont généralement un style d’images à la Hollywood. De fait, bon nombre de réalisateurs (la plupart) ont commencé ainsi et il y a naturellement eu de belles découvertes : par exemple, l’exemple de Whiplash (Damien Chazelle) est intéressant, puisque ce court a été transformé et développé en un long métrage (je crois même que le script entier existait déjà au moment du court), avec très peu de modifications de la séquence initiale. Au lien suivant, les deux versions sont comparées : Whiplash Movie and Short Comparison (Short Audio Only).
    Par ailleurs, l’excellent Werner Herzog avait lui-même réalisé 4 ou 5 courts, avant de s’attaquer à “Aguirre, le fléau de Dieu”. Enfin, cela permet aussi aux acteurs de montrer leur talent et d’être découverts (et il faut bien en passer par là, puisqu’on ne prête qu’aux riches, c’est-à-dire aux potentiels dont l’essai est déjà transformé…)

Whiplash : Comparison between the short and full length movie

Le simple fait que les court-métrages n’aient aucun potentiel commercial en fait cependant un véhicule idéal, pour se prêter aux expériences.
De fait, lorsque personne n’attend quoi que ce soit, on est à 100% libre (à noter : cela ne vaut pas pour l’ensemble des courts, loin de là, sachant qu’un film à la Hollywood représente un budget de 20 000 à 50 000 dollars… à fonds perdus).

And that's where this makes sense : you'll find indeed far more risks taken (and slippery slopes) in shorts, than in commercial movies.

Plus fondamentalement encore : une forme brève est parfois plus adaptée qu’une forme développée, en termes de perspectives artistiques.
La forme synthétique que constitue nécessairement un film de disons 7 à 12 minutes apporte généralement une intensité, qui manque régulièrement aux films plus longs (du reste, cela serait probablement intenable sur la durée). De même, il n’est pas parfois ni utile ni pertinent de développer un thème ou une idée dans la longueur : en général, plus court c’est, mieux c’est (toujours d’un point de vue artistique).
Please remember Chekhov's short stories to accept this idea (for instance : "Misery" - a very short story following a cabman, whose son recently died)

Capture extraite du court métrage “Tristesse” : Карусель (комедия, реж. Михаил Швейцер, 1970)

J’ai donc choisi 3 court-métrages, qui expriment ces idées, chacun à leur manière. Pour moi, ils ont passé le “test du temps”, car je les avais découverts voici plusieurs années déjà, et ils sont restés gravés dans ma mémoire émotionnelle.
I hope you'll have a good artistic experience :

Second best, by Alyssa McLelland

Ce premier court, que je vous propose, est de l’ordre de la comédie. Mais, encore une fois, une comédie dans le genre doux-amer d’un Tchekhov. Pour moi, c’est hilarant, bien que le comique ne soit pas lié à l’action mais à tout ce qui est autour, caché, notamment dans les relations…
The subtext (the unsaid) is excellent and very finely put, by all of the characters, especially the father and the mother.

Si vous voulez, il s’agit d’une sorte de “comédie noire”, dont la portée artistique est évidente, puisqu’elle finit par nous transformer un peu, en tant que spectateur ou spectatrice.

Il ne s’agit donc pas seulement d’un bon moment, car cela reste  incrusté quelque part, dans l’inconscient, longtemps après la vision et on y repense de temps à autres durant de nombreuses années. Cela fait en effet  écho à nos espoirs personnels de réussite et à ceux que nous transférons, sans nous en rendre compte, sur nos enfants.
De fait, c’est bien le rôle de la mère (avec tout ce qu’elle masque) qui porte le film et son sens : nous en apprenons d’ailleurs plus sur elle et sur ses névroses (et sur les nôtres, par transposition) que sur les autres personnages. Bien sûr, comme c’est toujours l’entourage qui fait le roi, cela ressort particulièrement bien grâce au rôle du père (j’aurais adoré l’interpréter) et de leurs deux filles.

De plus, il y a là quelque chose de très vivant, avec toutes les difficultés d’une famille authentique. C’est aussi pourquoi cela résonne aussi efficacement avec nos propres vies…

Dans ce cas, le format court est absolument idéal. Une forme allongée (commerciale) n’aurait a priori rien apporté de mieux : tout est dit ou ressenti par le spectateur.
Excellent !

https://www.shortoftheweek.com/2020/12/11/second-best

Cole, by David Call

Here, we're experiencing something else : pure drama… or tragedy ?

I've seen it twice, with a few years in between, and I must say that the impressions are still as vivid as the first time (if not even deeper, thanks to the time for maturation).
Again, it's very Chekhovian, in its own right, with a lot unsaid.

The construction and thus the format truly participate to the dynamics of feelings. At first, it all seems quite awkward, like if something was off or weird. You know, that kind of impression that you have, when it gets clearer and clearer that the guy in front of you has some kind of a hidden problem.

During the job interview, which I'll try not to spoil, we're put in the chair of the interviewer. I felt it intensively and with much pain, actually, for the person in front of me - helpless.

You know, with such forms, we're reminded how fragile can be the human kind and how subtle and strong can be Art.

https://www.shortoftheweek.com/2018/11/29/cole

Father & Daughter, by Michaël Dudok de Wit

This last one is quite different from the two previous films : an animation movie, without any word. We're dealing here with a very emotional little piece of art.
I'm afraid that this wouldn't be possible, again, in a 1h30 or even a 1h long movie. Here, we can remain at the core and dance with pure raw and deep emotions.

Bien évidemment, dans un film, les premiers instants sont nécessaires pour permettre au spectateur d’assimiler le nouvel univers, et c’est encore plus net dans le cas d’un film d’animation, dont le style est toujours spécifique.

A full post would be necessary to convey all the themes explored here, but it suffices to say that we're moving around themes like death, the unknown, life perspectives, identity and obvioulsy childhood and parentshood.

My mother in law has known such a situation, with her father deciding to leave his family (for reasons that I won't developp nor judge, as it is was his own path), when she was only 5 years old. We talked about it lately, with my spouse, and we're sure that, up to this day, this leaves its mark…

A complex thing - Life.

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