Impressions : Inside Out 2 (PIXAR)


Une fois n’est pas coutume, nous sommes allés au cinéma (qu’est-ce que c’est devenu cher !). En effet, comme notre fille passait une “soirée pyjama” chez une copine, l’occasion fait le larron !

Or, le film d’animation Vice Versa 2 était à l’affiche. Le premier film, qui date des années 2015, nous ayant beaucoup plu, nous sommes allé découvrir la suite.

Au-delà des belles couleurs, de l’originalité du scénario et des trouvailles graphiques, c’est surtout deux thèmes qui nous avaient marqué dans le premier opus :

  • D’abord la question des émotions. Le film met en effet en avant un panel d’émotions de base : joie (qui arrive vite), colère, peur, tristesse et dégout. Un peu à la manière de l’excellent livre pour enfant “la couleur des émotions” d’Anna Llenas, qui invite à reconnaitre les émotions : les identifier, les nommer, les reconnaitre, c’est aussi mieux les gérer, le film expose ainsi un principe d’émotions contradictoires, complémentaires, qui permettent d’agir et de réagir.
  • Si la joie est évidemment sur-appréciée (quel parent ne voudrait pas que son enfant irradie la joie ?), si la peur est salvatrice et le dégoût pénible mais sans doute nécessaire (par exemple, pour ne pas s’intoxiquer), la colère est généralement dépréciée et la tristesse carrément interdite… Or, Dieu merci, si elles existent, ce n’est pas pour rien.

I'm from this generation to whom adults still used to say (mostly to boys) : stop crying, dry your tears, be a man…
The same happened with anger, which was almost forbidden (especially to girls).

Or, lorsqu’une émotion est refoulée, c’est-à-dire interdite, encore et encore, on développe des névroses. L’interdiction de ressentir une émotion implique de la culpabilité (parce qu’on la ressent quand même), une perte de l’estime de soi, ou un transfert d’une émotion à une autre (c’est à dire une confusion émotionnelle). Bref, on tort la psyché et cela perdure jusqu’à ce qu’on se rende compte à l’âge adulte que nous sommes “pleins de nœuds psychiques”.

Cela est évoqué avec beaucoup de justesse dans le premier film, avec la question de la tristesse : au départ, elle est reléguée, mise de côté, interdite. Personne n’en veut – ni la personnification des autres émotions, ni l’entourage. 
Et pourtant, à un moment donné, un souvenir émerge : la petite fille a traversé une épreuve et pleuré. Et plutôt que de la distraire de sa peine, ses parents l’ont fort justement accompagnée, pour qu’elle puisse la vivre pleinement, jusqu’au bout, que tout puisse sortir et que rien ne soit enfermé… puis mieux passer à autre chose ensuite.

Finalement, les autres “émotions” finissent par saisir leur importance respective et la possibilité de constituer des moments de vie complexes, dans lesquels les émotions sont mixées…

Bon, ça c’était le premier film. Une franche réussite. Quid du second ? 

Et bien le second, c’est… la même chose !
Clairement, si vous n’avez pas aimé le premier, alors cela ne fonctionnera pas non plus pour le deuxième. A contrario, si vous aviez apprécié l’un, vous apprécierez probablement l’autre.

Il ne faut pas s’attendre à grand-chose de nouveau, si ce n’est le scénario.
Indeed, we take the same old tools again, shake em a little bit and begin anew. By the way, the drama structure is also quite similar. Obviously, there are some new elements, but nothing really fundamental. Everything lies in the scenario (the action), pretty well thought actually. 

C’est ainsi que l’on voit notre héroïne, Riley, passée de 10-11 ans à 13 ans, qui traverse de nouvelles épreuves. C’est une ado et il s’en passe des choses dans sa vie.

Les scénaristes chez Pixar sont assez malins et doués pour nous épargner la première idée venue : les tourments amoureux de cet âge. En lieu et place, on parle plutôt de trouver sa place. Comment concilier les anciennes amitiés et les nouvelles influences, comment s’adapter tout en restant soi-même ?…

On nous parle donc d’ennui, d’envie, d’embarras (voire de la nostalgie, mais ça, ce sera pour plus tard) et surtout d’anxiété. Cette dernière “émotion” est bien partie pour prendre toute la place !

Et il est vrai que quand elle s’y met, les autres émotions n’ont plus voie au chapitre, elle domine tout et empêche le reste de résonner et de lui garder le sens des proportions. Cette idée est parfaitement exprimée dans le film, au moyen d’un tourbillon émotionnel exclusif.

There's also the question of beliefs, which structure the psyche as would do a system of strings, set to vibrate according to the circumstances.
Une image d’une grande justesse, qui dénote de souvenirs encore vivaces des scénaristes. 

On notera cependant que ce n’est, à mon avis, PAS un film destiné aux plus jeunes, ni même aux ados, mais plutôt à leurs parents, pour leur rappeler ce que c’est que de grandir. 

Et de fait, si la première moitié du film était franchement drôle, la seconde était plus profonde et invitait à la réflexion. Là encore, c’était très habile de la part de PIXAR : commencer avec un langage positif et attrayant, pour aller vers quelque chose de plus réflectif. En d’autres termes, comme dirait mon mentor Amvrosyi Svetlogorski : parler d’abord le langage du public pour ensuite parler son propre langage.

Is it an artistic movie ? 

Il recèle certes de petites perles, mais dans l’ensemble il s’agit plutôt d’une grosse production à l’américaine, très bien ficelée voire parfaitement aboutie, plutôt que d’un véritable parti-pris artistique (de ce point de vue, le premier était plus audacieux).
En réalité, on pourrait même affirmer qu’il s’agit plutôt d’un divertissement de grande qualité, avec de quoi alimenter la réflexion, les souvenirs personnels et les discussions – et, honnêtement, par les temps qui courent, ce n’est déjà pas si mal !


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