Napoleon is the latest formal proof that Hollywood is back on its initial tracks : a heavy machine for entertainment !
A vrai dire, je me demande si ce film a diverti qui que ce soit, mais bon.. Ce n’est pas comme si c’était vraiment nouveau – et nous avons vu cela arriver assez souvent, récemment, avec plusieurs productions dans le genre (tout semble indiquer que le pire du pire était la série des “prequels” du seigneur des anneaux – mais bon, je n’ai personnellement aucune pitié à l’égard d’Amazon)
C’est à la fois grossier et lourdingue.
Oui, tout y était pesant… Etait-ce supposé être drôle ? Bon, si c’était le but, alors c’est raté. Cela dit, j’ai ri, mais moins de la situation que de la production !
Franchement, est-il possible que le réalisateur et l’auteur du scénario nous aient pris à ce point pour des imbéciles ?
To be fair : the scenery, colors, costumes and globally the technical and visual sides of this movie were quite fine.
En un mot : Hollywood… Par exemple, la scène du couronnement s’inspire directement du tableau de Jacques-Louis David (1805-1807) et c’est une réussite !


Au niveau de la musique, très bien orchestrée, comme on pouvait s’y attendre, même s’il y a de quoi s’interroger sur ce choix de thème “pseudo-viking” dans les scènes de bataille…
Quant au jeu d’acteur, comment dire…
Joaquin Phoenix est un acteur formidable et un habitué des rôles de compositions. De plus, il prend des risques, ce qui est appréciable. Il est, comme on dit “dans” le personnage, tout au long du film… mais dans un style très monocorde. De plus, pour jeter le pavé dans la mare : il reste difficile de faire abstraction de son physique de cinquantenaire quand il joue un jeune homme de vingt ou trente ans – mais à la limite, cela pourrait être considéré comme une abstraction théâtrale… Pour le reste, ses choix d’interprétations pourraient être discutés (dans le côté extrêmement taciturne du personnage -que Brando avait déjà testé, non sans succès d’ailleurs), mais dans l’ensemble, c’est regardable.

Sa partenaire de jeu principale, Vanessa Kirby, interprète de Joséphine, apporte plus de nuances, notamment avec un regard perdu dans la solitude (mais c’était à peu près tout).

Globalement, ce n’était pas très subtil.
Mais pire encore (que l’absence de direction d’acteurs) : le scénario !
Comment ont-ils pu imaginer une seconde que le spectateur pourrait rester intéressé par cette histoire ? On dirait d’ailleurs un mauvais cours d’histoire “pour les nuls”, mais raconté par des plus nuls encore !
Oui, bien sûr, aborder la majeure partie de la vie de Bonaparte en 2h40 est une gageure et, bien sûr que nous pouvions nous attendre à un sautillement d’évènement en évènement.
Mais le problème n’est même pas là : pourquoi l’aborder d’une manière aussi schématique, triviale et à ce point superficielle ?
Et encore, je ne parle même pas des arrangements grossiers avec l’Histoire (quoique, soit dit en passant – SPOILER – faire bombarder le sommet des pyramides par les canons des troupes françaises, c’était quand même très limite – et fallacieux).
Non, le souci est surtout qu’au bout d’un moment, cela devient un brin insultant pour le spectateur !

Let's be more specific :
- A un certain moment, assez tôt dans leur relation, nous assistons à la manière dont Joséphine et Bonaparte auraient pu amorcer leur liaison – bon, pourquoi pas, après tout ? (même si, honnêtement, la façon dont qui baise qui n’est généralement pas ce qu’il y a de plus passionnant, mais enfin, il faut bien vendre…) Toujours est-il que, dans cette scène, alors qu’ils sont poliment installés dans leurs beaux fauteuils, Joséphine piège le coincé Napo, en lui disant tout à coup qu’elle va lui montrer quelque chose qu’il n’aura de cesse de vouloir voir encore. Et elle soulève sa robe, pour lui montrer, de tout évidence, son sexe. A nouveau, pourquoi pas ? Mais enfin, faire durer cette scène 30 secondes (qui semblent une heure), quelle faute de goût ! C’est vraiment très lourd. Hé, on a compris, les gars ! (et, du reste, ce n’était pas bien difficile). Où ces mecs ont ils la tête ? Croient-ils que nous soyons si cons qu’ils puissent nous gaver comme des oies de ces fausses bonnes idées ?

- Plus pathétique encore : lorsque les troupes française finissent par arriver à Moscou (comme Tolstoy nous a manqué ici, avec son interprétation de l’évènement dans Guerre et Paix !), Napoléon pénètre donc dans le Kremlin et le trouve vide. En effet ! Mais tout de même, les russes étaient partis depuis seulement quelques jours, pas depuis un an ! Or, la mise en scène nous offre des crottes de pigeons de tous les côtés – une situation qui pourrait sans doute survenir en visitant une vieille église abandonnée depuis 10 ans (et je l’ai vécue). Etes-vous sérieux ? Pire : alors que Napo s’assied sur le trône (le cliché attendu), ce n’est pas un mais deux pigeons qui lui chient dessus ! A vrai dire, c’est si grossier que ça en devient presque drôle, mais à nouveau, on ne rit pas comme chez les Monty Pythons, on rit des fautes de jugement du scénariste et du réalisateur ! Et ce n’est qu’un exemple parmi cent autres !
- Allez, un dernier : Napoléon monte sur Paris depuis le sud de la France (par la fameuse “route Napoléon”), pour sa dernière joute des cent jours. Durant son parcours, il rencontre des troupes qui s’interposent, puisqu’elles sont censées l’arrêter. C’est une situation dramatique absolument exceptionnelle : les soldats sont pris entre leur respect pour leur vieux chef, mais aussi d’éventuels ressentiments vis à vis de tout ce qu’il leur a fait subir par le passé, ou encore le respect de l’ordre donné par leurs supérieurs (en l’occurrence, Ney). Et d’ailleurs, cette séquence symbolique (et non moins historique) a été plutôt réussi dans le film Waterloo de Bondartchouk (1970) – voir l’extrait ci-dessous. Mais dans cette nouvelle version Scottienne, la scène est précipitée à un tel point qu’elle en devient abracadabranteque ! Mais enfin, personne ne PEUT réagit ainsi ! (actor’s studio 101) – c’est juste ridicule !
Franchement, si quelqu’un a 200 millions à investir dans un projet de ce genre, cela pourrait valoir le coup de soigner le script !
D’ailleurs, Yul Brynner lui-même écrit, dans la préface du livre de Michaël Tchekhov “Etre acteur” qu’il a appris de l’un de ses mentors que le budget d’un film (ou d’une émission de télé) ne comptait pas tant que ça. En revanche, l’important, c’était, selon lui, que chaque dollar soit bien investi et qu’il apporte sa valeur ajoutée.
En l’occurrence, ici c’est plutôt le contraire : tout porte à croire que la qualité ait été inversement proportionnelle au budget !
Or, il se pourrait bien qu’il y ait une bonne raison à cela.
Pour l’avoir vu de mes propres yeux, l’ambiance de travail autour d’une (soi-disante) “star” est surréaliste : chacun change dans son comportement, les gens les plus intéressants deviennent ridicules, plus personne n’ose dire autre choses que des trivialités ou des flatteries ; tout ce que peut dire la star en question devient comme par magie extrêmement drôle – et il n’y a pas de “fou du roi”.
Vous savez, ce genre de “fou”, qui dirait la vérité vraie et nue au roi lui-même.
A vrai dire, c’est tout un phénomène, que cette histoire de “fou du roi”. Je crois même que plus on se place haut dans la (soi-disante) hiérarchie sociale, plus on en aurait besoin !
But, just like in Shakespeare's King Lear, could the old and famous director hear anything unpleasant to his ear ?
Il y a une histoire dans ce genre, racontée par Dustin Hoffman, à propos de son expérience de travail avec Laurence Olivier, dans le film “Marathon Man”.
Pour le public, anglophone au moins, Laurence Olivier était une véritable légende, presque un mythe – donc évidemment hors de portée, perché sur son Olympe. Toutefois, désolé de l’écrire, mais :
- Même les légendes vont aux toilettes (quoique j’ai encore du mal à l’accepter, concernant Jacques Brel – mais les autres oui !)
- Il arrive un moment, dans la vie, tôt ou tard, où on va sur le déclin, toute légende que l’on soit.
Imaginons donc cette séquence, à la fin du film, lorsque les personnages interprétés par Hoffman et Olivier se retrouvent dans une sorte de station d’épuration. Le personnage de l’ancien médecin nazi (Olivier) demande à l’autre d’épargner les diamants, plutôt que de les foutre à l’eau… Et, selon Hoffman, ça n’allait pas, il y avait du surjeu chez Olivier. Evidemment, sur la plateau, personne n’ose lui dire quoique ce soit, et surtout par le réalisateur (ça devait être un grand moment de solitude) – après tout, n’était-il pas l’un des plus grands acteurs vivants ? Et donc, ils font prise après prise, en espérant que sur un malentendu, ça finisse par marcher… Au bout d’un certain temps, Olivier commence à se poser des questions. Il prend Hoffman en aparté et lui demande : “mais qui se qu’il se passe, au juste ?” L’autre ne sait pas sur quel pied danser, au point où Olivier finit par lui dire franchement : “Suggéreriez-vous par hasard, que je sur-jouerais ?” Hoffman acquiesce – et Olivier lui dit finalement : “Merci, jeune homme”.
After that, he could fine tune his acting and finish the scene.

Pour en revenir à notre affaire napoléonienne, je suis tout à fait convaincu que tout un chacun, dans la production, se rendait compte que quelque chose n’allait pas. Mais personne n’a osé mettre le sujet sur la table (surtout que Scott et Phoenix sont leurs propres producteurs !)
De plus, comme on parle là d’un projet à 200 M$, cela devient de l’ordre du “too big to fail” (quel qu’en soit le prix, n’est-ce pas, en l’occurrence un gros bide), avec tout un tas de personnes qui s’arrachent corps et âmes pour donner vie au projet – putain, quel gâchis ! (et quel manque de respect de la part du réal pour toutes ces personnes…)
Finalement, il y a là un parfum d’abondance, dans le genre d’une fin de règne Byzantin, quelque chose de l’ordre de la décadence… et je me demande aussi si tout cela n’est pas, d’une certaine manière, symptomatique de notre bonne vieille société occidentale…