Impressions : The Philistines (Maxim Gorky)


What a strange man was Maxim Gorky !

Naturellement, le prendre par le mauvais bout de la lorgnette, c’est-à-dire son rôle dans l’histoire bolchevique et soviétique, serait une erreur. En effet, dans ce temps-là, les compromissions et les arrangements avec ses convictions étaient à la fois monnaie courante et parfois vital – certains ont été exécutés pour moins que ça !

It's true that reading Solzhenitsyn in the Gulag Archipelago is striking, and that it's hard to put this aside. For the record (according to Solzhenistyn), Gorky went for a visit to the Solovieki Islands, which was an old monastery transformed into one of the first gulag prison camp. 

Dans la grande tradition russe, héritée du principe Potemkine (qui avait créé de faux villages et fausses façades, pour impressionner la tsarine) et de Catherine II (faisant semblant d’y croire), les geoliers avaient maquillé ce camp de prisonniers. Tout y était merveilleux, la soupe y était bonne. On n’avait conservé là qu’une fraction des détenus, les plus présentables. Gorki fait sa visite. Il y note quelques détails étranges, par exemple les détenus qui lisent leur journal à l’envers – et tout porte à croire qu’il a déjà compris.

Mais finalement, c’est un enfant – inconscient des conséquences – qui l’interpelle. Gorki insiste pour pouvoir l’écouter, seul à seul. Le petit lui révèle tout. 

Selon Soljenistyne, le crime est alors d’être reparti sans prendre l’enfant avec lui, sous sa protection. 

Enfin, évoquant ces questions avec Staline lui-même, celui-ci lui répliquera : “Bien sûr, nous n’avons pas encore atteint l’idéal socialiste. Cela prend du temps, mais nous sommes sur la voie. Aide-nous à y parvenir, soutiens-nous”. Et Gorki de soutenir, au moins officiellement.

Oh non, il n’était pas bête et il avait du courage ! Mais être dans l’opposition à 25 ou 35 ans, ce n’est pas pareil qu’y être à 60 ou 70 ans. Et le régime tsariste, aussi dur, corrompu et même cruel qu’il ait pu être, ce n’était malgré tout pas du niveau que du totalitarisme soviétique !

Pour en revenir à cette pièce, “Les petits bourgeois”, elle rue effectivement dans les brancards.

Stanislavski, qui crée le spectacle avec le Théâtre d’Art, devant un public composé de nobles, de princes et autres grands-ducs, nous racontent qu’elle ne rencontra pas vraiment le succès !

Indeed ! Its content could clearly not appeal to such an audience...

Un peu dans l’esprit d’un Tchekhov, mais de manière plus directe, Gorki nous livre l’intimité d’une famille. Il s’agit effectivement de petits bourgeois, au sens strict : il ne s’agit pas de la grande bourgeoisie raffinée et assez proche de la noblesse (mais qui partagerait nombre de tares évoquées dans cette pièce), mais plutôt de vieux commerçants. Ils ont leur appartement, voire une maison, quelque part en province, et ont envoyé leurs enfants faire des études. 

Le patriarche et sa femme, soumise par tradition, ne comprennent plus leurs enfants. Ils mettent sur le compte de cette instruction le fossé qui les sépare, en apparence au moins. Le déroulé de la pièce nous montrera d’une part qu’ils ne sont pas si différents et d’autre part qu’il s’agit moins d’une question d’instruction que de questions d’amours – et Dieu sait combien l’amour a généré de conflits entre générations (le théâtre en regorge, notamment chez Molière).

A vrai dire, on passe la pièce à tenter, de manière plus ou moins inconsciente, de détecter ce qui fait l’esprit petit bourgeois. 

Alors bien sûr, cette attitude du père, qui joue au patriarche demandant le respect, s’énervant volontiers sur “moins” que lui (c’est-à-dire, moins puissant, selon les conventions sociales), la mère éternellement inquiète, qui n’ose dire un mot de trop au père, leur côté cul-bénis quand il reviennent de l’église et qu’ils observent ce monde profane qui les entoure… tout cela participe. 

Mais là où cela devient réellement intéressant et inattendu, c’est lorsque l’on comprend que les enfants eux-mêmes, progressistes en apparence, n’en sont pas moins des copies certifiées conformes ! Bien sûr, ils sont de leur temps, mais comme le dit le chantre défroqué, Teteriov, au vieux patriarche, en parlant du fils de la maison : «  Il ne partira pas bien loin […] Il reviendra. Quand tu mourras […] il changera les meubles de place et il vivra, comme tu as vécu, tranquillement, raisonnablement, confortablement. […] Il vivra, conscient d’avoir accompli pleinement son devoir envers la vie et envers les gens. Voyons, il te ressemble. […] Il est tout à fait comme toi : poltron et bête. […] Et en son temps, il sera cupide comme toi et, comme toi aussi, sûr de lui-même, et cruel. […] Et il sera malheureux, comme tu l’es, comme tu l’es maintenant… La vie marche, vieillard, et celui qui n’arrive pas à la suivre reste tout seul. […] Et on ne fera pas grâce non plus à ton malheureux et pitoyable fils. On lui dira la vérité en face, comme je te la dis : «  comment donc as-tu vécu ? Qu’as tu fait de bon ? » Et ton fils, comme toi maintenant, ne répondra pas. »

Globalement, le texte est de haute volée. Il tourne sans doute un peu à la cacophonie, mais c’est très vivant, avec une mise en scène (didascalies) très bien pensée. 

J’ai en partie regretté que les rôles ne semblent parfois pas dépasser deux facettes – l’une extérieure et l’autre intérieure, cachée – c’est déjà pas mal, mais je pense qu’on pourrait aller plus loin. Honnêtement, c’est l’une des seules limites, qui fait qu’il n’atteint pas le niveau de Tchekhov, dont il s’inspire de toute évidence.

Une pièce de qualité, donc à découvrir – sans doute en amont des “Bas-fonds”, qui va encore au-delà.


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