Impressions et réflexions : “Il était temps” / “About time” (2013)


A personal anecdote to begin with

Dernièrement, alors que j’avais, par mégarde, renversé de l’eau partout sur le sol de la cuisine, je me suis surpris à m’invectiver “mais quel boulet !”. Evidemment, il ne s’agit pas de la pensée la plus positive au monde, mais c’est sorti comme ça. Ensuite, emporté par le fil des pensées, je me suis surpris à me rappeler de précédentes situations d’échecs patents.

C’est ainsi qu’il m’est revenu en mémoire un cas, datant de mes années adolescentes, dans lequel j’ai raté une belle opportunité amoureuse. J’étais alors trop romantique et pas très dégourdi. Avec le baume du temps, cela me fait plutôt rire désormais, mais cette suite de pensées m’a montré que la blessure n’était pas tout à fait cicatrisée. Il reste apparemment, en profondeur, une matière toujours vivante.

Bien évidemment, j’ai recouru à la raison : oui, j’étais sans doute un infirme de l’amour, mais, après tout, cela ne relève-t-il pas d’expériences fondatrices ? Cela n’a-t-il pas participé à construire la personne que je suis désormais ? (avec tous ses défauts, mais aussi ses avancées…)
Et puis quoi ? Si j’avais effectivement pu engager une relation amoureuse avec cette jeune femme, ne serais-je pas très différent aujourd’hui ? Aurais seulement rencontré mon épouse ? Aurais-je la chance aujourd’hui d’être le papa de cette formidable personne qu’est ma fille ?
Ainsi, même si j’avais effectivement la possibilité de retourner là bas, à ce moment, serais-je prêt à perdre ce qui m’est aujourd’hui si important ? Bien sûr que non.

Et voilà comment j’ai repensé au film “Il était temps” (About Time).

About time : a quite meaningful comedy

En bref, il s’agit d’une comédie romantique britannique.

Son réalisateur (et scénariste) avait déjà travaillé sur bon nombre de films du même genre, tels que “Quatre mariages et un enterrement”, “Love Actually” et quelques autres. Si vous appréciez l’humour britannique et ce type de rythmes, vous ne serez pas dépaysés.
Only, in my view, this movie is far better as it digs deeper.

Je ne vous gâcherai rien en révélant l’action principale (d’autant que cela apparait dès la bande annonce) : un jeune homme apprend, par son père, qu’il est en mesure de voyager dans le temps.

Bien sûr, il ne s’agit ici que du prétexte (pas particulièrement original, d’ailleurs), qui donne au film son coup d’envoi et fournit le comique de bon nombre de situations.

En revanche, comme dans toute bonne comédie (avec un minimum d’ambition artistique), cela offre la possibilité de démarrer d’abord dans le langage des spectateurs, en l’occurrence avec le thème de  l’amour (ou du cul – selon les points de vue). Mais ensuite, alors que nous sommes connectés à l’action et aux personnages, c’est là que le film peut vraiment creuser et nous amener où IL le veut… jusqu’à nous faire réfléchir et, peut-être, nous changer un peu.

En effet, après ce démarrage en trombe et quelques bons éclats de rire, nous comprenons que la capacité à changer le temps d’avant porte aussi, en germe, le risque de changer le présent. Or, lorsque cela touche à nos enfants, c’est un risque que l’on ne veut pas courir !
Bien sûr, nous pouvons rêver de changer, pour le meilleur, ce qui nous est arrivé personnellement, mais nous ne voudrions certainement pas risquer que la chair de nos chairs n’existe même pas !

L’action filmique et la réflexion qu’elle suscite nous emmènent à comprendre qu’il s’agit avant tout de valoriser nos erreurs passées comme autant d’expériences. Ainsi, le voyage dans le temps (c’est-à-dire, en réalité, l’effort de mémoire) peut tout à fait résonner aujourd’hui encore, mais ferait-il vraiment sens de changer ce passé ? Probablement pas (y compris pour les tragédies personnelles… et nous en connaissons tous).

Vous rappelez-vous cet autre film, américain cette fois : “L’effet papillon”. Il avait des qualités (très dynamique), bien que pas très profond, pour le coup. En tout cas, il invitait à composer et avancer avec ce que l’on a, plutôt que ce que nous aurions pu avoir…

Still from the "butterfly effect" (2004)

Pour plus d’informations, à propos de la théorie de l’effet papillon (en fait, la théorie du chaos), voici une synthèse assez bien faite (en français et en anglais) : https://thedecisionlab.com/fr/reference-guide/economics/the-butterfly-effect#

Dans le même esprit, le court métrage indépendant de Laurent Firode “La cicatrice” – quoique fort loin de la machine hollywoodienne et londonienne, mais avec beaucoup de qualités – explore aussi cette idée :

Pour revenir à “Il était temps”, il y a encore autre chose, qui offre au film une portée démultipliée (et c’est d’ailleurs l’avantage des développements permis par un long métrage).
In the following sequence, the father invites his son to live any given day… twice :

  • La première, d’une manière classique et “inconsciente” de toutes ces choses, parfois petites, qui donnent à la vie sa saveur ;
  • Then, living the exact same day, with only one difference : paying attention, being conscious.

Après avoir expérimenté cela quelques fois, il devient inutile de revenir dans le temps. L’essentiel est plutôt d’être présent à la vie et disponible pour être en résonance. Bien entendu, c’est là que le film touche et transforme vraiment son public.

Ainsi, tout cela agit comme une expérience en soi. Bien au-delà du côté divertissant (qui n’est pas désagréable, au demeurant), cela fait sens. Je suis persuadé que cette expérience émotionnelle et la réflexion engendrée est de nature à changer notre relation à la vie.

D’ailleurs, j’en veux pour preuve le fait que mon cher frère A (qui a aussi vu ce film de son côté) m’en parle très souvent, si bien que cela agit entre nous comme un mantra, pour nous engager vers une vie pleine et entière.

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4 responses to “Impressions et réflexions : “Il était temps” / “About time” (2013)”

  1. C’est mignon ça, de se rappeler de la fille qu’on a aimé ado parce qu’on a renversé de l’eau partout ! Ça m’a rappelé le toi ado (le seul que j’ai connu!), qui… (non, ça je ne peux pas raconter en public…) et dont l’expression préférée, pendant au moins un an était “c’est bien urbain”. Qu’est-ce qu’on s’est marrés quand même, même si on faisait peut-être partie d’une bande .. oserais-je dire d’inadaptés? En tous cas un peu différents, pas très populaire, pleins d’humour et d’exigences intellectuelles, politiques ou culturelles…
    Et puis, de toutes manières, qu’est-ce que l’amour ? (Vous avez 4 heures, et 2 copies doubles…)
    Allez, merci pour la recommandation, je regarderai ce film, vu que j’ai adoré 4 mariages et 1 enterrement….

    • En effet ! Une tranche de vie pleine d’émotions (et autant de souvenirs épars). Merci poru ta lecture et ton commentaire rafraichissant. Et pour le film, je suis certain que tu l’aimeras ! A bientôt, sur le blog et/ou dans la “vraie vie”, comme on dit (mais n’est-elle pas vraie, de toute façon ?)

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