Impressions : “Chute libre”, un film de J. Schumacher (1993), avec M. Douglas et R. Duvall


J’écris aujourd’hui à propos d’un film américain, datant du début des années 90 : “Chute Libre“, réalisé par Joel Schumacher, avec Michael Douglas.
In a single phrase, it's about a man who's pushed to the limits - and he crosses it to everyone's amazement.

Falling Down | Rotten Tomatoes

Je m’en souvenais du temps de ma jeunesse, et pour cause : c’est très bien écrit et réalisé, une manufacture à l’américaine, Hollywood style…
Les seconds rôles sont tout à fait convaincants, en particulier celui tenu par Robert Duvall. Michael Douglas lui-même délivre une prestation tout à fait correcte – certes pas très subtile, mais tout de même acceptable. Franchement, cela aurait pu constituer le rôle d’une vie, si seulement il avait pu délivrer une prestation plus nuancée et mieux s’ouvrir, mais enfin, ce n’est déjà pas si mal…

Tout commence dans la touffeur d’un embouteillage, alors que tout un chacun s’énerve et braille, alors qu’il n’est encore que 08 à 09 h d’un matin de semaine.
Un homme, seul dans sa bagnole, bout intérieurement et pète les plombs (le burn out de l’époque). Il sort, claque la portière puis marche droit devant pour rentrer chez lui.

Falling Down (1993) Film Locations | Global Film Locations

On his way, everything gets crazier and crazier.
Au début, on ne comprend pas pourquoi tout un chacun est aussi agressif… Et puis, on reconnaît que, parfois, c’est bel et bien ainsi qu’il en va dans notre monde soi-disant civilisé.
Il est probable que ce trait soit renforcé aux Etats-Unis, ou il semble que chacun ait à mener sa barque dans la jungle (urbaine), ou c’est du chacun pour soi dans une lutte pour la survie et la soi-disant réussite. Evidemment, cela existe aussi en Europe (je ne peux malheureusement guère parler des autres continents par manque d’expérience), mais cela reste un ton en dessous. Mais du reste, quand était donc la dernière fois que nous avons repéré et apprécié un sourire ou un geste agréable d’un(e) inconnu(e) ?

A vrai dire, je suis convaincu qu’il s’agit essentiellement d’une manière de voir les choses et que cela dépend donc, finalement, beaucoup de nous autres : si nous agissons de manière agressive, alors on nous le rendra – il s’agit presque d’une prophétie auto-réalisatrice. Au contraire, si nous répandions l’attention, la politesse voire la gentillesse, nous pourrions en récolter les fruits – peut-être pas immédiatement, mais certainement en différé. Je renvoie à ce sujet aux principes de la communication non violente (si difficiles à mettre en œuvre), notamment dans leur version théorisée par Marshall Rosenberg : https://www.cnvc.org/store/nonviolent-communication-a-language-of-life

Mais revenons à notre film, qui date tout de même des années 90 avec l’atmosphère de crise de l’époque (laquelle atmosphère existe toujours).

Et nous voilà donc à suivre cet homme très classique, représentatif de la classe dite moyenne, dans son périple. Tout au long du chemin, il rencontre non seulement l’animosité, mais aussi un certain cadre social duquel il était sans doute protégé, au beau milieu des quartiers pauvres et chauds, de l’Amérique déclassée.
Anyway, its gets worse and worse (in richer areas as well, see this extract), alors qu’il prend conscience de l’horreur de cette société.

There’s actually a social key to this movie.
Le scenario et la réalisation auraient pu l’approfondir (quoi que la production ait apparemment préféré en rester là, pour accentuer plutôt le côté vendeur d’un thriller), mais il reste tout un ensemble d’éléments intéressants, qui résonnent jusqu’à ce jour :

  • Nous voyons les barrières dressées l’une après l’autre, à l’encontre de cet homme si ordinaire. Tout se passe comme si tout un chacun usait et abusait de son petit pouvoir contre “plus petit que soi”. Sur ce sujet, une scène absolument mythique expose notre homme dans un fast food alors qu’il commande une formule “petit déjeuner”… Sauf qu’il est 11:33 et que l’on ne sert cette formule que jusqu’à 11:30 ! Après une matinée déjà difficile, cette rigidité est “la goutte d’eau qui met le feu aux poudres” (c’est dire !) et notre bonhomme sort un flingue pour espérer être enfin servi :
  • Plus généralement, il ne semble y avoir aucune perspective pour la classe laborieuse. Notre homme (et beaucoup d’autres avec lui) ne peut s’affranchir de tous ses problèmes… et la situation du jour l’emmène à ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure ; il voit alors à quel point tout un(e) chacun(e) galère, mais aussi que tout le monde se fout des autres… Une belle scène nous montre un individu, arborant un panneau sur lequel est inscrit “pas économiquement viable”. Il harangue la foule, mais personne ne semble y prêter attention. En fait, c’est même le contraire : il s’agit d’éviter de croiser son regard… Et dans ces cas, que se passe-t-il ? La police vient cueillir le gêneur :
  • A un autre moment, notre “anti-héros” pénètre dans le jardin d’une belle propriété privée et tombe sur une famille… mais ce ne sont pas les propriétaires : c’est le jardinier. En somme, d’honnêtes prolétaires – une très belle scène :
  • De manière générale, tout cela résonne aujourd’hui encore, car les choses n’ont pas tellement changé. En France tout du moins, la fracture sociale s’est approfondie depuis les années 90. En bref, on ne peut espérer s’acheter un logement avec son salaire, si l’on a pas un héritage… (je simplifie, bien sûr). Il vaut la peine d’écouter cette analyse de Michael Moore (démocrate revendiqué) qui analyse le phénomène Trump en 2016, en l’appelant l’homme-cocktail-molotov. Il indique, en gros, que pas mal de gens de la classe moyenne veulent dégoupiller une grenade dans les jambes du système – et c’est un peu le thème du film.

Ainsi, il s’agit d’un film intéressant de voir : au-delà de son côté divertissant (réussi, mais que je déplore partiellement, car il atténue des aspects bien plus intéressants… et on rate de peu le film à la fois culte et bouleversant). Son arrière goût social et sociétal lui donne une certaine profondeur, qui fait sens aujourd’hui encore.

A la fin des fins, ne voulons-nous pas d’une autre société ? Ne sommes-nous pas, même indirectement, à la manœuvre ?
Dostoievsky écrivait : “La beauté sauvera le monde” – il aurait aussi pu parler de la bonté. Y croyez-vous ?

V.

Allez, une dernière pour la route… Elle n’est pas belle, celle-ci ? Jouissive, à n’en pas douter…


7 responses to “Impressions : “Chute libre”, un film de J. Schumacher (1993), avec M. Douglas et R. Duvall”

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