Why did it take me so long to read this book ? Its title was quite appealling, really. Yet, there are books that seem somewhat frightening…
And it's actually true : this novel does hurt !
Par le détour de la fiction, il permet non seulement d’envisager ce qui a rendu possible les grands procès publics staliniens, mais aussi – à un niveau plus proche de nous – d’évoquer les conséquences de nos choix personnels, que nous devrons un jour ou l’autre assumer.
Dans l’histoire, un responsable historique du parti (du genre de Boukharine) se retrouve arrêté. Il passe par plusieurs étapes – assez difficiles à imaginer ex-nihilo, mais très bien amenées dans le récit – qui le conduiront finalement à confesser publiquement des crimes qu’il n’a pas commis. Or, même si la torture psychique joue un rôle, il s’agit avant tout – selon l’histoire de Koestler – d’une logique de fidélité à la révolution et au parti. Pire encore : c’est justement parce qu’il était l’un des membres fondateurs du parti, qu’il en a été l’un des plus fidèles représentants, et donc qu’il ont commis en son nom des actions moralement insoutenables, qu’il se retrouve désormais coincé. Quand on a servi une cause, quitte à refouler nos intuitions et barrières morales profondes, on ne peut plus faire marche arrière. Comme écrivait Dostoïevski dans les Démons / les Possédés, quand on est liés par le crime… (mais cela pourrait faire l’objet d’un autre billet).
It is also interresting to note that this might apply to quite a few things in life, considering our choices and paths : from the Stockholm syndrom (justifying our agressors) to the social roles that we tend to impersonate over time…
Alors, peut-on vieillir sans s’embourgeoiser ? Est-il possible d’avoir un regard objectif sur son parcours et critiquer sa classe sociale ? Peut-on bénéficier voire profiter d’un système sans en devenir l’esclave ?
And beyond these early questions lies also the big one : about the human person and its inherent value… The title of this novel makes sense (in French : "Zero and Infinite" - in German, it would be : "Solar Eclipse"), as it tells us in poetic terms about the tension between a conception of men as divine (where life is sacred) versus a colder analysis (where lives can be summed up or substracted).
Il met aussi en évidence la contradiction de fond entre politique et humanisme. La recherche du pouvoir ou même seulement l’atteinte d’un objectif pré-déterminé est, pour Koestler, inconciliable avec le respect de la personne. C’est la tension entre les fins et des moyens. Je cite :
« Il n’existe que deux conceptions de l’éthique humaine, et elles sont diamétralement opposées. L’une est chrétienne et humaniste, elle proclame que l’individu est sacro-saint et affirme qu’on n’a pas le droit de faire de l’arithmétique avec du sang. L’autre repose sur le principe fondamental que le but collectif justifie les moyens, que non seulement il autorise, mais qu’il exige qu’on soumette l’individu à la communauté, de toutes les manières possibles, qu’on en fasse un cobaye ou un agneau sacrificiel.
[…]
When there is power and responsabilities, one is soon forced to make decisions in front of the reality : one has to choose. And this very choice brings inevitably to the second alternative. Do we know of one single example in history, since christianism was instituted as state religion, where a state had indeed acted upon christian principles ? […] In case of emergency - and politics are under permanent emergencies - goverments always have the possibility to declare a state of emergency, which ask for emergency measures and legitimate defense."
Another part of the book evokes a potential future, where a project wouldn't be perverted by an ideology (which considers itself , by nature, to be without any failure) :
« Peut-être le nouveau mouvement ne verra-t-il le jour que plus tard, beaucoup plus tard – avec de nouveaux drapeaux et un nouvel esprit ? […] Peut-être les membres du nouveau parti porteront-ils des bures de moine et enseigneront-ils que seule la pureté des moyens peut sanctifier le but ? Peut-être enseigneront-ils aussi que ce principe selon lequel l’être humain est le fruit de la division d’un million par un million est erroné ? Peut-être alors introduiront-ils un nouveau type de mathématiques, qui repose sur la multiplication : sur l’amalgame de millions de JE, en une nouvelle unité qui n’est plus une masse amorphe, mais conserve au contraire son caractère de « moi » […] amplifié des millions de fois ».
D’une certaine manière, ce livre et la réflexion qu’il porte nous parlent de l’individu, dans son unicité. Il nous invite aussi à renouer avec cette résolution : ne jamais confier le pouvoir à ceux qui le recherchent !
Never ever let totalitarianism overimpose, whatever its form or color, even if (and maybe especially if) it was designed for the better good !
Avez-vous lu ce roman, si particulier ? Qu’en pensez-vous ?

One response to “Impressions : Le zéro et l’infini (Arthur Koestler)”
[…] comme l’exprimait fort justement Arthur Koestler dans le zéro et l’infini, le malheur, ce n’est pas une question de chiffres. En réalité, ces chiffres ne servent […]