Insensitive ?


Ecrire une chanson pour un générique de court-métrage, ce n’est pas facile. En réalité, l’exercice se rapproche de celui de la nouvelle et… du court métrage : comment faire passer en un laps de temps resserré une émotion, un sentiment, une idée ?

Allons plus loin : il s’agit même que la forme courte soit bel et bien la plus adaptée au contenu et à l’intention artistique.

En l’occurrence, je ne saurais juger si l’exercice est réussi, mais il me semble résonner à sa façon avec le court métrage, qu’il conclue. Dans ce mini-film, l’amante parle à l’amant. Elle lui dit ce qu’elle a sur le cœur, d’abord en plaisantant, puis de manière plus directe. Enfin, elle finit par un espoir – celui que rien ne change – ô paradoxe !

He doesn't answer anything. Is it some kind of ill will, or is it a more emotional behavior ? In my vision, he doesn't answer, because he cannot. Yet, he listens, looks and thinks.
Le voilà pris dans un filet qu’il a lui-même tissé. Il pourrait en sortir, par la manière forte, mais il ne semble pas vraiment le désirer.

La chanson s’inspire de manière assez directe du mythe de Don Juan, dans la version théâtrale de Pouchkine. Il s’agit évidemment d’une pièce mal connue en occident, du fait de l’éloignement culturel et de sa construction en vers, elle figure pourtant parmi au panthéon des petites pièces poétiques.

Intitulée “Don Juan ou Le convive de pierre”, elle se focalise sur le défi lancé par Don Juan aux forces surnaturelles qu’il nie et moque. Se faisant, il se retrouve entrainé avec elles, jusqu’à leur céder.

Imaginons une relation amoureuse tumultueuse, et une soudaine négativité dans un regard. Surpris par ce que l’on découvre trop tardivement, mais encore sous emprise, on reste “scotché”, écartelé, face à l’ambivalence d’une situation, progressivement sans issue.

Une fois compris où l’on se trouve, tout commence à évoquer ce banquet, où ne seraient invités que des convives de pierre, des statues, et où les mets eux-mêmes auraient cette froideur. On participe, mais le coeur n’y est plus, tout devient dur et sans saveur.

C’est ainsi que passent les jours et les nuits, sans espoir ni lumière au bout du chemin. Lorsque l’aube devient une délivrance et le signe d’une répétition insensée, la litanie d’une relation sonne comme l’hallali : sa fin annoncée.

Before seeing
The other one's somber gaze
To die, only a little
In the fire of those eyes
Like a lightning
In Lucifer's arms

Like a night, without a light
Or a feast of stone figures and meals
Dès l’aube claire
I bind your life,
From litanies
To halloo

Si la teneur de la chanson est plutôt négative, puisqu’elle confronte les désirs aux aspects les plus sombres d’une relation, il reste intéressant de la situer dans un contexte.
Ecrite spécifiquement pour ce mini-film, elle vise à approfondir une piste, jusqu’alors masquée, en donnant la voix à l’homme – en réponse.

Cependant, elle ne constitue pas un point final. Il s’agirait plutôt d’une ponctuation dans la question de cette relation de couple.

L’envoi réel de ce projet est le suivant : ne jugeons pas trop vite – l’amour et les relations, c’est compliqué.

link to the short movie (it is advised to hear with headphones) :


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