Court métrage au(x) “miroir(s)” : repérages


Comme vous l’avez peut-être déjà lu, je travaille actuellement à un court métrage “urbain”, en co-réalisation avec mon ami Luc. Il se passera dans la rue et jouera sur la confrontation des situations, voire des classes sociales, des âges et surtout par l’échange des regards.

Avec l’étape du storyboard se pose aussi la question du lieu de production, puisqu’il conditionne de manière plus ou moins directe, le choix des plans et le placement des caméras (en studio, cela n’aurait pas un tel effet, mais en milieu naturel, urbain qui plus est, tout dépendra de l’espace disponible, du passage des voitures / passants, etc.).
C’est pourquoi j’ai profité d’une journée bien couverte (le film se déroulant après la pluie) pour réaliser un repérage photo et en tirer de premières conclusions. De manière à aller jusqu’au bout de l’exercice, j’ai aussi réalisé une mise en couleur rapide, laquelle participe bel et bien à l’appréciation du lieu, dans la perspective de la production filmique.

Mon beau-père, Pavel, un acteur talentueux doté d’une belle présence scénique, a accepté de m’aider en figurant le rôle du clochard.

Effet de la couleur sur l’atmosphère

Parmi les intentions qui se dégagent du scénario figurent quelques éléments d’importance :

  • D’abord une palette de teintes et couleurs dans l’esprit d’un Nicolas de Staël, avec ses séries marines : des bleus-gris, des contrastes apaisés tout en gardant des touches sombres…
  • Ensuite une attention sur les textures
  • Enfin une présence de la ville, sans qu’elle ne soit trop en avant. Il s’agit essentiellement d’un contexte.

Comme vous le verrez ci-dessous, la pierre calcaire tend à être chaleureuse et donc à renvoyer les rouges. En ciel couvert, comme l’exige ce projet, cela est d’autant plus net. Sur les vieux murs, qui comportent un peu de brique, c’est évidemment plus accentué encore…

Ici, la mise en couleur est très légère. Elle consiste en :

  • Une accentuation des bleus (tirant sur le cyan) dans les mediums et les clairs
  • Une accentuation, a contrario, des oranges dans les sombres
  • Une légère désaturation, en particulier dans les sombres (qui tendent à sur-saturer)

Cela demande d’aiguiser un petit peu l’observation, mais je gage que cela rendra – je vous conseille naturellement de n’appliquer aucun profil colorimétrique particulier sur votre écran d’ordinateur ou de téléphone :

Lieu n°1 :

Image brute, sans correction :

Photo à la luminosité corrigée, mais non stylisée :

Photo stylisée, dans l’esprit du film :

Pour le plaisir de l’expérience, voici l’exact opposé, avec des clairs et mediums plus chaleureux (jaunes-orangés) et des sombres plus froids (bleus). Evidemment, cela reste assez fin. L’image est assez belle et raconte autre chose :

Autre angle de vue :

Le bonnet en “polaire” implique ici un problème particulier. Si le costume final comporte ce type de matière, il faudra exposer la prise de vue spécifiquement, pour en conserver les caractéristiques colorimétriques. Ici, on voit que la couleur est à limite de “casser”, au niveau des transitions entre les ombres et les noirs du bonnet :

Et avec la stylisation “contraire” :

Lieu n°2 :

Avant redressement des ombres, les “rouges” ressortent :

Après correction de l’exposition générale :

Après stylisation :

De l’importance de l’assise et du contact au sol

Le film repose sur une relation à l’environnement, laquelle passe notamment par l’assise. C’est ainsi que l’un des lieux, dont l’assise est trop haute, ne permettrait pas de poser les pieds au sol. Jusqu’à présent, je n’avais pas encore compris à quel point cela était important.
Avec ces essais et ces photos, cela devient absolument évident.

Lieu n°1 :

Lieu n°2, avec une assise plus haute et les pieds pendants. Il manque l’accroche au sol. Cela serait plus accentué encore avec une ombre portée sur le mur du fond…

Lieu n°3 :

Lieu n°4 : mon préféré, avec la texture granuleuse du sol, très urbaine et abîmée

Dans ce plan d’ensemble, la bâche du camion en arrière plan est un défaut évident, car elle attire beaucoup trop l’attention… mais bon, il s’agit d’un cirque temporaire. En attendant, pour les besoins de ce repérage, j’ai désaturé le bleu, pour qu’il soit moins présent au regard.

Regard pénétrant

Pour clore ce billet, voici une dernière image, qui s’intéresse au regard… puisque, après tout, c’est de cela dont on parle !

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