Aujourd’hui, je ne vais pas parler de littérature, quoi qu’il s’agisse tout de même d’impressions de lecture. Du reste, il est parfois difficile de distinguer ce qui relève de la littérature avec “un grand L” des textes plus, disons, à la mode.
Une finesse d’écriture, un style, la persistance des impressions de lecture dans le temps (au-delà des années), ou encore une intensité émotionnelle… autant de caractéristiques susceptibles de définir la littérature.
Or ici, il n’y a rien de tout cela, et pour cause, puisqu’il s’agit du journal intime d’une adolescente : les cahiers de Stéphanie.

Etrange, non ? (j’aime bien cette couverture, qui en dit sur l’époque).
Il s’agit d’un bouquin laissé sur une table dans mon espace de co-working et que je me suis surpris à lire de pauses en pauses…
Un peu à la manière du procédé utilisé par Daniel Dafoe, l’auteur de Robinson Crusoé, pour faire monter la mayonnaise, il s’agit en fait d’une supercherie, puisque tout a été fait pour laisser croire qu’il s’agissait d’un authentique journal intime. De fait, à la parution du livre dans les années 80, son véritable auteur, Philippe Labro, et l’éditeur ont organisé cette mystification. Ils prétendaient alors que P. Labro avait seulement été sollicité par l’éditeur, pour rendre lisibles les soit-disant cahiers de la prétendue Stéphanie. 20 ans plus tard, au milieu des années 2000, l’auteur a fait son “coming-out” en révélant que la Stéphanie en question était inventée de toutes pièces. Depuis, le libre et édité sous son nom.

Obviously, this isn't the most interesting thing about this novel, but rather an element of context.
Du reste, pour que la falsification fonctionne, il fallait parvenir à une certaine authenticité stylistique et donc soigner l’expression, particulière à l’adolescence. Et de fait, cela ressort parfaitement dans le bouquin. C’est aussi pour cela que son style ne peut prétendre côtoyer la grande littérature.
Well, Dostoyevsky "Adolescent / the raw younth" was somewhat of a similar nature, but still very Dostoyevskyan. And of course, the true master of writing in a teenage manner / oral style is Stephen King.
But why is this book worth a post and your time to kindly read it ?
Son parti pris et son oralité apparente est presque de l’ordre du Théâtre (plutôt psychologique) et en même temps assez léger (après tout, une lecture drôle et facile, typée “roman de gare”, de temps à autres, ce n’est pas désagréable).
Bien qu’il aborde des questionnements typiques de l’adolescence, et que nous avons tous plus ou moins connus, ils offre aussi une occasion au lecteur (assez rare), de se projeter dans la vie intime de quelqu’un de très différent d’elle ou lui-même : une demoiselle de 13 ans, qui se situe donc à la croisée des chemins entre l’enfance et l’âge adulte. Aujourd’hui ce serait l’équivalent d’une ado de 11 à 14 ans (cela me rappelle aussi l’excellent film de 2018 : 8th grade, réalisé par Bo Burnham).

https://www.rottentomatoes.com/m/eighth_grade
En l’occurrence, cela se passe au début des années 80, au cœur du 17e arrondissement de Paris.
Exemple de la musique française de l’époque
Tout en n’ayant évidemment pas vécu cette situation spécifique, j’ai pu reconnaitre un ensemble de préoccupations qui étaient effectivement les miens à cette époque de ma vie. Finalement, ce faux témoignage résonne avec l’expérience propre et offre une certaine perspective…
Moreover, it participates to feed and expand an understanding of the other one, the Alter ego.


Nice photos of French kids in the 80s
As a matter of fact, those are questions that I have since of my daughter, as I know that she'll have to go through things that I can't even imagine….
Of course, her path will be different from Nathalie's, notably considering nowadays social networks, but she'll probably have to pass through similar moments of solitude and questions about the meaning of the world surrounding herself…
Permettez-moi de revenir encore sur l’idée que la projection en l’alter-ego, avec ses états d’âme, relève d’une démarche essentielle comme jamais.
In our world, it looks like if we were mostly living (or surviving) in a very closed world, among people just like us, without any real interest for what lives or how feels fellow human beings, our "prochain"… At best, it seems so fucking superficial, just for the sake of our good consciousness.
Pour preuve, ne suffit-il pas d’observer son entourage, parmi nos amis, nos collègues ou encore au portail de l’école : ne sommes-nous devenus des sortes de clones ? (et comme l’écrit le comédien nippon Yoshi Oida dans “l’acteur invisible”, en observant les comédiens “noirs de peau, mais blancs à l’intérieur”, cela ne dépend pas vraiment des apparences…) Nous tendons à penser de la même manière, et “les autres” nous semblent à peine dignes de considération. On n’hésite apparemment plus à les qualifier de sous-citoyens, de moutons, de complotistes, voire “d’ordures” ou de “déplorables”… pour rebondir sur le vocabulaire utilisé dans les grands médias lors des élections américaines.
What vibes !
N’en résulte-t-il pas une impression de fin de cycle et des conflits (notamment armés) un peu partout ?

Rien que pour cela, et malgré l’humilité du véhicule, je recommande ce petit livre et l’expérience associée, pour alimenter une démarche – plutôt plaisante au demeurant…