L’acteur français Alain Delon est décédé dernièrement.

Avec sa gueule d’ange et sa présence physique indéniable, il symbolisait d’une certaine manière le cinéma des années 60-70, ne serait-ce que pour la France.
Pour le reste, en tant qu’acteur, il ne savait faire qu’une seule chose : traverser (et crever) l’écran ! En dehors de cela, quel piètre acteur ! (il ne fallait vraiment pas qu’il ouvre la bouche…) En fait, à mon humble avis, on ne peut même pas le considérer comme un acteur, mais plutôt comme un modèle. Cela dit, là n’est pas la question du jour (quoique vous soyez invités à réagir en commentaires : rien de plus savoureux qu’une petite polémique !)
Dans le cinéma des années 60, il y avait quelques perles, perdues dans un océan de productions merdiques. Dans la plupart des films, tout était centré autour de la vedette, généralement “physiquement intelligente”… Du reste, il est probable que cela n’ait pas tellement changé jusqu’à ce jour, puisque le système commercial de l’industrie cinématographique repose encore et toujours sur la vedette. Mais quoiqu’il en soit, il y a un certain nombre de films qui valent réellement la peine d’être expérimentés !
Among them, movies by Ingmar Bergman.
Il y a eu plusieurs phases dans son travail et la première et la dernière phases, respectivement des années 50 et 80, recèlent effectivement d’excellentes choses… mais la période durant laquelle il a travaillé avec Liv Ullman, Max von Sydow, Bibi Andersson et Erland Josephson – de la fin des années 60 au milieu des années 70 – sort totalement du lot, avec des ovnis cinématographiques aussi déconcertants que qualitatifs.
Je ne peux d’ailleurs que recommander ce film étonnant et déroutant : “Persona” (1966), qui pourrait faire l’objet d’un billet spécifique.
Mais aujourd’hui, j’aimerais partager quelques impressions, à propos de deux films consécutifs de cette période, que j’ai eu enfin l’occasion de découvrir :
- “Skammen” / “La Honte”, produit en 1968
- “En Passion” / “Une passion”, 1969

Ces deux films forment une sorte de diptyque, puisqu’ils partagent thèmes et comédiens.
Shame
The first one of them, Shame, is particularly interesting.
Tourné en noir et blanc, la composition, la photo (Sven Nykvist) et la direction d’acteur sont d’un tel niveau qu’il était presque trop facile d’en tirer des instantanés, pour illustrer ce billet – et j’avoue ainsi qu’il y en a beaucoup…
Tout commence avec “l’été de l’amour”, comme on disait dans ces années là : deux musiciens vivent dans une sorte de ferme, sur une ile suédoise. Ils ont été éloignés depuis un certain temps de leur travail d’orchestre, mais ils semblent malgré tout heureux et complices ; ils parlent d’enfants et de ces sortes de choses…



But then, war comes into play, with its fears and compromissions.
Il ne s’agit pas du genre de guerre que l’on verrait dans les films Hollywoodiens, où les bons et les méchants sont facilement reconnaissables – les uns du genre du héros américain à la Bruce Willies, les autres s’exprimant généralement avec un fort accent des pays de l’Est (c’est si cliché et pourtant si courant). Non, ici, nous avons affaire à un conflit d’abord patent ; soudain les militaires débarquent, puis les partisans / résistants jouent les prolongations. En tant que public, nous sommes initialement assez neutres par rapport à tout cela : nous positionnant naturellement aux côtés de notre sympathique couple, nous nous disons que ces pauvres civils sont attaqués par des forces étrangères hostiles et que le gouvernement local fait du mieux qu’il le peut.
Puis, nous commençons à saisir qu’il n’est pas si évident de distinguer les justes et les autres… et quid des représentants politiques ?
Cela commence ainsi à ressembler à une guerre civile, où les voisins se méfient les uns des autres, voire laissent leurs haines s’exprimer, parfois avec une grande violence. Au niveau du couple, c’est précisément ce qui est en jeu.


Après avoir tenté de fuir les évènements, ils finissent par comprendre qu’ils vont devoir rester là et supporter cette situation merdique (j’imagine que la plupart des civils ressentent cela durant les conflits et les occupations – or, Bergman a connu cela lui-même). Nous assistons alors à la destruction de leurs liens, de leur complicité, morceau après morceau, jusqu’à ce que la confiance et l’amour soient rongés.
That's the real shame !

Cela survient face aux dangers et aux troubles, lorsqu’on ne reconnaît plus l’âme sœur, laquelle apparaît alors sous un jour bien différent des temps de paix… Lorsque l’un décèle en l’autre le côté sombre, la mauvaise part de l’alter ego, alors tout s’effrite.



Naturellement, la guerre cristallise le pire de la civilisation ; il s’agit d’un symbole. Cela peut aussi se comprendre comme une parabole (ou une hyperbole) de ce qui survient, un jour ou l’autre, dans toute relation de long terme. Comprenez-moi : il ne s’agit pas de céder à un élan de pessimisme, mais plutôt d’accepter que la crise arrive toujours, un jour ou l’autre. Cela me semble parfaitement naturel.
Dans cette histoire, on voit le pire prendre le pas sur le bon côté : d’abord en l’autre, puis en soi.. Et, là encore, voilà la Honte.



Alors que le désespoir monte, grandit et finit par tout posséder, lorsqu’on ne croit plus pouvoir compter sur l’autre, car il est trop préoccupé à survivre ou à tenir le coup (ce qui, après tout, est une attitude assez facile à comprendre), c’est là que l’Humanité se casse.
And I fear that it's hard to reconcile with each other (and withing oneself), even long after the events.


A Passion
In the second movie, we're dealing with different characters, who share similarities with the protagonists from the first film. Of course, for the viewer, we recognize the actors themselves - and it's clear that Bergman chose them also for this very reason - but we also understand that something is broken in each of them.
Actually, there are 4 principal characters here, and each one of them is somewhat torn apart :
- a man faces juridical issues ;
- L’une des femmes, Anna, a perdu son mari et son enfant, dans un accident de voiture, alors qu’elle conduisait ;
- Une autre femme doit gérer l’âge qui commence à laisser sa trace et peser sur l’estime d’elle-même ;
- Un architecte ne croit plus en sa mission ni en l’Homme ; il est devenu cynique.


Dans le film, au-delà de ce qui est dit et vécu émotionnellement ou physiquement, on assiste aussi à une séquence onirique, dans laquelle Anna vit une histoire qui ne semble pas vraiment lui appartenir – exactement comme dans un rêve : on voit une femme, qui lui ressemble, surgir du film précédent ! (cela se passerait juste après la fin du film) Cela suggère des épreuves héritées qu’il faut finir de digérer…
Bold and interesting, isn't it ?


En effet, tout suggère que nous avons affaire à la question de “l’après”, lorsque les épreuves sont passées, en laissant leurs traces. Le film évoque ainsi, indirectement, la reconstruction de soi, de l’espoir d’un renouveau et de nouvelles passions… Mais les passions sont-elles bonne conseillères ? (et pourtant, que Diable, on a envie de vivre !)




A note about Liv Ullman
Comme vous l’avez constaté, j’ai intégré un certain nombre de captures d’écran où l’actrice apparaît, au sein de ce billet.
A vrai dire, je confesse avoir une sorte de préjugé négatif à propos des acteurs “belles gueules / beaux visages” et, oui, il s’agissait bel et bien d’une beauté.
La raison de ce jugement, un brin péremptoire, est que, trop souvent au cinéma, les acteurs et plus souvent encore les actrices, semblent choisi(e)s pour cette raison principale. D’ailleurs, n’entend-on pas régulièrement : “que penses-tu de cette actrice” ; réponse : “très belle !”… Pathétique. Les acteurs semblent un petit peu moins concernés, par ce triste phénomène – encore que… Seul le cinéma soviétique (qui n’était pas sans défaut, en tant que système) a permis, à la manière du théâtre, de laisser émerger de vrais talents qui n’étaient pas beaux (quoiqu’il n’ait pas été totalement immunisé vis à vis de cette tentation).
Yet, concerning Ullman, even if her beauty probably helped to get a catchy image, the interpretation she offers is just fantastic, almost marvelous.
Elle atteint le niveau d’une Meryl Streep, voire la dépasse – c’est merveilleux ! Une formidable leçon pour tout acteur.
3 things, at last :
- Une belle gueule n’est pas toujours synonyme de mauvais jeu d’acteur / actrice ;
- Cela vaut la peine de voir ces deux films, ne serait-ce que pour la qualité de l’interprétation ;
- There truly were some pearls in the movies from the 60s
