Une étoile surnommée Robert Redford vient de s’éteindre.
Il s’agissait d’un acteur de la grande époque, qui a connu l’évolution de l’industrie cinématographique depuis la fin des années 50 dominée par les studios mastodontes, vers une transition vers un cinéma plus alternatif dans les années 60-70… jusqu’à sa reprise en main sévère, pognon oblige !

Personnellement, je dois admettre que je n’étais pas fanatique de son travail, même s’il était tout à fait honnête dans “Jeremiah Johnson” et même dans “l’Arnaque”.

Jeremiah Johnson (1972)

L’arnaque (1973)
Pour le reste, j’avoue m’être un peu emmerdé dans “Out of Africa”, “Et au milieu coule une rivière”, “Une proposition indécente”, “The Chase” et même “Butch Cassidy & The Kid” (pour ce que j’ai vu de son travail d’acteur). Bon, c’était correct, mais pas particulièrement intéressant.
En tant que metteur en scène, il a en revanche promu un cinéma assez simple et émotionnel, avec de belles choses, telles que “L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux”. De plus, il a aussi participé à promouvoir le cinéma indépendant, notamment avec l’organisation du festival de Sundance, dans l’Utah.
A vrai dire, je crois ne lui avoir accordé qu’un crédit limité, car il portait sur lui une sorte de délit de faciès : le his good looks !
Pour être honnête, je mesure bien le “préjudice” de ce préjugé – franchement, c’est con de ma part et ce n’est pas de sa faute… mais reconnaissons que la plupart des films dans lequel il a tourné misaient tout sur sa beauté et que cela était devenu sa carte de visite, à tel point qu’il confessait lui-même : “J’étais jeune, célébré. J’avais beaucoup de travail. D’un autre côté, tout cela ressemblait à un pacte faustien. Peu importe ce que vous faites, vous êtes un objet. Que vous soyez un acteur compétent ou un artiste est inessentiel. La vérité, c’est que vous n’êtes qu’un produit.”
Pour revenir à la question de la belle gueule, thème de ce billet, il est d’ailleurs intéressant d’apprendre que le réalisateur Mike Nichols lui a refusé le rôle du “Lauréat”, qu’il convoitait, pour cette même raison.
Selon la légende, il lui aurait dit : “Bob, tu as énormément de talent. Mais sois-honnête avec toi-même. Regarde toi dans le miroir. Et puis, dis-moi si tu peux honnêtement imaginer un gars comme toi, ayant des difficultés à séduire une femme”.
The part went eventually to Dustin Hoffman, who clearly didn't have the cute face of his fellow colleague (by the way, that's why Hoffman's family tried to dissuade him to pursue a career in the movie industry).

Dustin Hoffman – antithèse de la beauté – et les jambes de Katharine Ross, à l’affiche du Lauréat (1967)
La revanche d’un blond
Je souhaitais depuis un certain temps évoquer ce documentaire, que j’ai vu par hasard, un soir de fatigue, parmi les propositions du train de retour vers Marseille… Cela parle du phénomène “Brad Pitt”.
https://www.imdb.com/title/tt22592434
A vrai dire, cela aurait tout aussi bien s’appliquer à Robert Redford, Johnny Depp et bien d’autres… et je crains même que cela ne convienne à pratiquement toutes les actrices, et ce, depuis le début du cinéma ! (En ce qui concerne le théâtre, c’est heureusement différent).
En effet, cela parle de la tyrannie de la beauté , ou plutôt de la joliesse, et de l’impossibilité d’en sortir – et pour cause, tout le monde la réclame…y compris les premiers intéressés qui en tirent un bon moyen de subsistance !
In brief, the film presents, in a very classic way, Pitt's biography, with :
- Son démarrage, avec les années TV, puis la publicité pour les jeans Levi’s qui lancera sa carrière cinématographique – et pourtant, ça ne vole pas haut !
- Or, le réalisateur Ridley Scott voit cette publicité et reprend cette figure du bel auto-stoppeur, pour son film “Thelma et Louise”. A partir de là, la roue à inertie est lancée et elle tourne encore.

- As a matter of fact, Pitt did a lot of parts, which ere based on his beauty, during the 90's and 2000's. Let's have a look to some examples below :

"Meet Joe Black" (1998) : a pretty bad and boring movie…

"Interview with a vampire" : a quite good novel, but a movie which also mainly leans on the prettiness of Pitt, Cruise and even a young Kirsten Dunst

Troie : le pire du pire du Hollywood des années 2000 – dents trop blanches et musculatures tape-à-l’œil : on croirait une pub pour Hermès ! Et pourtant, il y avait de la matière !
- Même les films relativement anti commerciaux que sont “Snatch” (2000), “12 Monkeys” (1995) ou “Fight Club” (1999) reposeront sur cette apparence. Le cas de Fight Club est particulièrement intéressant puisqu’il incarne précisément l’alter-ego du personnage principal, celui que tout jeune homme un peu rebelle aurait voulu être…

Fight Club : un film intéressant, pour le coup, ou cette question d’apparence est justifiée (une fois n’est pas coutume)
- Le documentaire explique ainsi comment B. Pitt se retrouve finalement coincé dans ce système, qui ne lui demande qu’une chose : le déguiser en -ci ou -ça et générer un max de pognon. Il s’agit donc de lui échapper, avec quelques essais authentiquement anti-commerciaux (au moins pour son compte), tels que “Burn after reading”, “Fury”, ou même “Inglorious Basterds”, dans lequel il abîme (enfin) son look et joue un personnage tout à fait idiot et ridicule. On voit alors qu’il cherche à se moquer de cette image qui lui colle à la peau (d’autant que c’est précisément sa peau).

- Il passe aussi de l’autre côté de la production, pour financer quelques projets courageux tels “12 years a slave” (2013).
- Cependant, tout indique que la tentation est trop forte : il replonge régulièrement dans le rôle du beau gosse, dans “Babylone” (2022), ou encore “Once upon a time in Hollywood” (2019).

Mais ce qui est drôle dans tout cela, c’est que le documentaire lui-même se trouve pris au piège et dessert son propre propos : en gros, il se complait dans cette subjugation de la beauté, cet aveuglement et dans le culte associé. A vrai dire, je ne peux pas les condamner pour cela (d’abord parce que, par principe, je ne juge pas), car j’avoue être moi-même de temps à autres aveuglé par la beauté extérieure – on ne se refait pas, mais on peut travailler sur soi…
Enfin, cela devient réellement comique lorsque le propos du film est dévoilé : “Ah là là, quelle tragédie d’être si beau !”
The tyranny of prettiness
Enough with Pitt, let's widen the question, with a simple riddle : what would any heterosexual man (at least a French one) say, about this or that actress ?
“Elle est jolie”.
Désolé d’être rabat-joie, mais, entre nous, n’est-ce pas un peu pathétique ? Cela l’est d’autant plus que le public lui-même est tombé dans ce piège : on apprécie essentiellement l’apparence et on la plébiscite ! Comment s’étonner encore du mal-être de la plupart des gens, qui ne bénéficient pas des deux heures de maquillages des vedettes et ne ressemblent pas aux portraits retouchés que l’on croise à longueur de journée, sur les affiches, les magazines et les écrans.
J’en suis ainsi arrivé à un point où une belle gueule me semble d’emblée artistiquement douteuse : est-elle arrivée là par son talent et sa force intérieure, ou bien parce que son apparence plait ? Malheureusement, cette analyse est consolidée par les statistiques : la plupart des actrices sont jolies, et la plupart des jolies actrices sont médiocres.
Fortunately, there are still some exceptions :
- D’abord, certaines actrices, qui ne portent pourtant pas les critères des canons de la beauté, ont pu percer, avec en particulier la formidable Meryl Streep

Meryl Streep, excellent (as very often) in "Kramer vs Kramer" (1979)
- Contrairement au cinéma occidental, les exemples étaient légions dans le cinéma soviétique (ce n’est plus le cas en Russie contemporaine), avec des actrices absolument formidables et qui ne nécessitaient pas la beauté apparente, telles que Alissa Freindlich (étonnante dans Stalker, mais aussi dans la comédie : “Romance au bureau”)

Au lien suivant, le film Stalker en entier – un chef d’œuvre (mon film préféré). Vous pouvez jeter un œil à l’avant dernière scène du film, à 2:34’25 (qui ne gâchera rien) : le travail de l’actrice est absolument remarquable et bouleversant, car on sent que cela vient du fond de l’âme (et tout cela en doublage postsynchronisé !!!)
- Et par ailleurs, il existe aussi quelques excellentes actrices qui ont le malheur (si j’ose dire) de leur belle apparence : par exemple, Margot Robbie, laquelle offre un travail excellent dans “Moi, Tonya”… tout en jouant bien souvent le jeu de la “poupée de service”.
Tootsie
Ce film réalisé par Sydney Pollack prend le contrepied de cette question de l’apparence (même s’il ne manque pas d’employer la jolie actrice de service : Jessica Lange).
A vrai dire, il s’agit essentiellement d’une comédie de situation, dans laquelle un comédien (au chômage, forcément) décroche enfin un rôle – féminin – et se retrouve coincé dans son personnage. Ce film est empreint de l’atmosphère new-yorkaise des années 80, avec beaucoup de qualités (le trailer ci-dessous est un peu daté) :
Mais le plus intéressant est ce que nous révèle Dustin Hoffman, par rapport à son propre aveuglement vis-à-vis de la beauté : il nous raconte en effet, dans l’extrait ci-dessous, comment il s’est rendu compte qu’il avait raté de trop nombreuses rencontres de personne à personne, lorsque son interlocutrice ne présentait pas tous les gages socialement attendus de la beauté.
N’est-ce pas un drame, voire une tragédie, en effet ?