Nouvelle : “Le duel”, de Joseph Conrad


Hello !

Pour donner suite à la lecture de la nouvelle fantasmagorique de Joseph Conrad “Heart of Darkness“, j’ai emprunté un énorme recueil des œuvres de l’auteur et l’ai attaqué au petit bonheur la chance…

Comme vous le savez (peut-être), j’apprécie les nouvelles en général : Tchekhov, Zweig, Andersen, Tolstoy (here or there), Daudet, Erich Maria Remarque, or contemporary authors, like Pete Fromm. N’ayant finalement (comme tout un chacun) qu’une culture littéraire assez réduite, je profite des impulsions positives pour découvrir, puis approfondir les découvertes.
Or, “au cœur des ténèbres” m’avait fait plongé dans une vibration rare… Je me suis donc naturellement interrogé : était-ce un accident ?

Parmi les textes que j’ai pu déjà lire dans ce beau volume (1400 pages environ), tous dotés d’une écriture ciselée, j’ai notamment en mémoire “l’Anarchiste”, où l’on retrouve cette atmosphère “exotique” propre au XIXème siècle, avec une touche de tragédie personnelle assez typique (l’histoire d’une vie presque gâchée)… et puis je suis tombé sur “Le Duel”.
Publiée en 1908, cette nouvelle relate l’épisode napoléonien de 1800 à 1815 et même un peu au-delà de la seconde période de la restauration, en France (c’est-à-dire le retour la monarchie, avec Louis XVIII, en 1814, puis en 1815, pour 15 ans).

The author guide us into an epoch, or even some kind of epic, where the personal stories run along History, with two men as different as military officers (hussars) could be.
Ces officiers se trouvent en effet comme piégés par les circonstances, les us et coutumes, les convenances, la fierté ou l’orgueil (selon les points de vues), dans un éternel combat d’honneur, pourtant parti de rien.

C’est là l’essence du drame, qui réside dans cette étrange destinée, plutôt que dans le suspens des combats, lesquels s’apparentent aux jeux de dés (puisqu’ils sont globalement d’égale valeur aux armes) : dans le tumulte des événements historiques, comment deux âmes font-elles leur chemin, cahin-caha, au gré des campagnes militaires, des promotions et des défaites (car si les victoires semblent naturelles, les défaites amènent leur lot d’aigreur ou d’enseignements).

Graphical vision of "The Duel", by artist Bastian Kupfer https://fr.pinterest.com/bastiankupfer/books/

Convalescence de D’Hubert, par Bastian Kupfer

Gunfight in the woods, by Bastian Kupfer

Considering these times and the link between epochs and destinies, it's very interesting to evoke a conversation between one of the duelists, d'Hubert, with a neighbor of his, an old aristocrat, once stripped of his social position, then rehabilitated.
Ce dernier est déjà un homme d’âge avancé, qui s’était exilé au moment de la révolution, et était devenu bottier pour survivre à l’étranger, et qui est enfin revenu, 25 ans plus tard, après la première chute de Napoléon (1814).
Ainsi donc, l’ancien s’étonne de cette génération de militaires napoléoniens : des hommes souvent venus du peuple, de “fiers culs-terreux” en somme, parvenus à des hauteurs dont ils seraient – selon lui – indignes.
Évidemment, c’est son point de vue de classe… et il est vrai que cette parenthèse révolutionnaire (1er Empire inclus) représente une fenêtre de tir absolument unique dans l’histoire de France, en terme de promotion sociale. A ce moment (et pour un temps très limité), les origines comptaient moins que le courage, la loyauté, l’abnégation – tel le Maréchal Ney (fils d’artisan tonnelier et passé général le sabre au poing) et tant d’autres…

Ney, à l’époque des hussards

Je regrette de l’écrire, mais tout semble indiquer que ces perspectives se sont refermées depuis. De nos jours, on peut certes évoluer professionnellement, avec les études supérieures parfois « gratuites », mais dans la réalité des faits, l’ascenseur social est bloqué : du point intellectuel, ce qui compte reste la présence (ou l’absence) d’une bibliothèque chez les parents, c’est-à-dire l’appétence familial pour les choses de l’esprit. Du point de vue financier (à quelques exceptions près), c’est surtout l’héritage familial qui fait la différence (Bernard Arnaud n’est pas parti de rien, loin de là, bien qu’il ait fait preuve d’audace en vendant la société familiale pour quelques millions d’euros, pour faire fructifier ce capital).

Anyway, to get back to this story, this historical anomaly of the first French revolution swept one or two generations, sometimes in full fanfare (from 1795 to 1812), only to abandon them on the pavement after a while…
Voici donc ce que raconte cette nouvelle, que je recommande vivement, même pour celles et ceux qui ne s’intéressent ni particulièrement à cette époque, ni même à ce monde militaire particulier.

En substance, cette écriture laisse une impression très positive (et nous en avons besoin), avec – à la manière d’un Anton Tchekhov – une grande confiance dans l’intelligence et la sensibilité du lecteur.

What about the movie, directed by Ridley Scott (1977) ? ?

In the movie version, the folly of those times appears quite clearly. It is indeed close to the short story, at least in that respect, and show a number of qualities : the image style (very 80s or even early 90s, and hence forerunner), a good dynamic in the drama, fine musical backing and honest acting.

It appears clearly that Ridley Scott fully trusted his actors.
Cela relève à la fois d’un aspect positif et d’une limite : il semble évident qu’il n’a pas pris la peine d’approfondir les enjeux psychologiques des personnages. Il me semble ainsi que les acteurs ont été livrés à eux-mêmes, se reposant uniquement sur leurs talents et capacités personnelles, sans être ni poussés ni tirés.
I'm pretty sure that, with such talents, if there had been a real actors direction, it would have been possible to open hidden perspectives between the beginning and the end of the story (here, there is very small evolution only), as well as deeper, subtler dimensions… with a more moving end result.
As it is, we look and enjoy the movie, which is sometimes interesting, but we aren't moved in any way.

With such a simple but dense story, there was a true emotional potential. But, on that front, Scott remained quite basic - a missed opportunity.

Some scenes remain pretty good, most notably during the retreat from Russia. The two enemies (wearing what they could find on dead bodies to resist the cold) face some Cossacks. Then, d'Hubert remains alone and looks at a bunch of frozen soldiers, who seem to be at the border between life and death…
Here, the image does its job very well, and Scott was good at it.

Pour le reste, le film recourt a des rengaines, avec le brouillard, omniprésent. Évidemment, c’est beau, mais son recours trop systématique appauvrit la dynamique. On croirait presque à une seule et même saison, un seul et même duel, plutôt que le parcours d’une vie.

Cela est d’autant plus dommage que, dans le livre, le dernier duel se déroule dans un bois de pin méridional, à l’atmosphère de fin d’été chaude et épaisse (c’est-à-dire à peu près l’inverse du film). La tension est palpable, le sang bout dans les veines, tant les enjeux (dont semblent enfin se rendre compte nos personnages) sont élevés : cela va au-delà d’eux-mêmes.

Consequently, concerning the movie version, I can't help but ask : in the end, why did they make this movie for ?
Le thème ressemble à un prétexte à histoire, et c’est d’ailleurs très souvent le cas avec Ridley Scott et pas mal d’autres (en particulier Martin Scorsese) : on nous a raconté une histoire, avec de belles images, mais à quoi bon ?

That's the main difference between entertainment and art.
Si le film reste de l’ordre de la distraction esthétique, la nouvelle « Duel » est quant a elle de l’ordre du diamant brut, qui ouvre l’imaginaire et la réflexion. Avec cette histoire étrange s’ouvre ainsi un univers intérieur, une fenêtre sur des vies et, finalement, une résonance.

PS : you can find the text :
- in English : https://www.gutenberg.org/ebooks/2305
- in French : https://fr.wikisource.org/wiki/Gaspar_Ruiz_et_autres_récits/Le_Duel_(Conrad)

PPS : for an alternative view about the movie, you can have a look there : http://moviessansfrontiers.blogspot.com/2013/11/153-british-filmmaker-sir-ridley-scotts.html


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