
Voici un film intéressant !
D’abord, il y a une interprétation : celle de Pierre Niney, qui se détache du reste du casting. Les autres n’ont pas démérité (notamment Lou de Laâge), mais ils s’inscrivent dans une tradition de cinéma français, sans aucun doute professionnelle, mais pas très intériorisée. Quant à Niney, il fouille, voire se rend à la psyché du rôle, avec une interprétation assez profonde – en tout cas fine et nuancée.
Un peu comme dans “The Good Will Hunting”, dont nous sortions convaincus que Matt Damon était un génie des mathématiques, nous avons ici l’impression d’une intelligence et d’une sensibilité hors du commun – beau travail d’acteur, donc, puisque nous y avons cru !
Bref, c’est efficace et le public y est sensible : une fois n’est pas coutume, on ne le prend pas pour un imbécile, mais on l’invite au contraire à rentrer dans la peau, les doutes, le rythme du héros. Pas mal, quand même !
Bien sûr, le scenario souffre de raccourcis, notamment sur la fin, mais c’est pardonnable.
Au-delà, avouons-le volontiers, de ce bon moment de divertissement, ce film a une certaine portée : il nous parle de notre société. Par le prisme du film à suspens (c’est-à-dire un langage classique que nous connaissons tous), l’histoire nous emmène en effet à percevoir une réalité tout à fait pertinente, mais que nous connaissons moins : la corruption des institutions et des affaires.
J’ai pu observer, dans une vie parallèle, dans quelle mesure les “liens” et les “partenariats” pouvaient influencer les perceptions et, donc, les décisions.
Bien sûr, si l’entreprise que je dois contrôler lors d’un audit est représentée par une bonne connaissance, et si je trouve un défaut manifeste, je vais d’abord prendre mon téléphone et en parler avec cette connaissance, pour corriger le tir. Si les certificateurs sont recrutés par les industries et si les ministres finiront aux “boards” des entreprises du secteur, alors tout devient trouble, il n’y a plus de limite, tout est possible – c’est l’entre-soi.
Si le film raconte cela dans l’aéronautique, je sais d’expérience que cela concerne aussi le bâtiment (où la plupart des marchés, notamment public, sont pipés) et nous commençons tous à comprendre à quel point le monde médical est vérolé par l’industrie pharmaceutique.
Pire encore, le film évoque la tentation de la technique, hubris (démesure) dans laquelle le pilote est remplacée par la machine et l’intelligence artificielle, réputée plus fiable, car pratiquement infaillible.
Quand on “croit” en la science et en la technique, il s’agit en effet d’une foi, d’une croyance absolutiste, qui oublie qu’un automate est con (comme disait l’un de mes profs, tantôt), qu’il a été codé par une personne et donc qu’il est par essence faillible. On finit ainsi par désactiver les derniers garde-fous.
Nous sommes entrainés à l’école à considérer le monde comme un “modèle”, puisque nous ne cessons de le modéliser, à tous bouts de champs : histoire, sciences sociales “molles”, sciences “dures” et nous finissons par oublier qu’il ne s’agit que de représentations et de conventions…
L’envoi réel du film, à mon avis, est assez fin et fondamental : il parle de l’individu, des relations, de ce qui compte vraiment – et ce ne sont clairement pas nos putains de machines !