Retour aux sources


Une fois n’est pas coutume, nous voilà de retour au bercail, en visite familiale. C’est l’occasion d’un retour aux sources, voire précisément de se “ressourcer”.

Et cela commence par un contact plus direct avec la nature, à double titre :

  • D’abord via le jardin familial
  • Ensuite par les balades en forêt.

De la nécessité de voir des arbres

Je figure sans doute parmi les “indécrottables urbains”. L’atmosphère de la ville, son rythme et son intensité, cela m’a parlé dès l’adolescence. En y ajoutant l’omniprésence de la culture, notamment à Paris, Londres, Pétersbourg ou même la petite Copenhague – ce que j’appelle l’effet “capitale” –  c’était encore mieux !

Toutefois, avec les années et, sans doute, une vision de l’envers du décor (toute cette apparence de culture masque en réalité son lot d’élitisme et de compromissions), une certaine lassitude est apparue.
On se surprend alors à désirer un peu de verdure et d’authenticité, à vouloir sentir plus nettement le cycle des saisons au travers des feuillages et du bruit de la faune, voire à guetter quelques nuages dans le ciel (ce qui est assez rare à Marseille) – c’est-à-dire, en une expression, à chercher “un retour aux sources”.

Alors que les vacances scolaires nous donnent à voir ma fille chaque jour, quoique je doive moi-même œuvrer (ne serait-ce que pour remplir la marmite), quoi de mieux que de rendre visite aux (grands) parents ?

Ceux-ci vivent à 400 km environ au nord de Marseille. Autant dire que nous ne venons pas toutes les fins de semaine !

L’endroit est vert, même en hiver puisqu’il n’y neige pas souvent. La teinte sombre des sapins compense le dénuement des feuillus. L’herbe elle-même est en jachère, car la nature se ressource, elle aussi.

Le soleil du matin révèle des couleurs de l’enfance, pas tout à fait oubliées, à observer en savourant quelques oranges sanguines fraichement pressées. Un luxe en soi !

En prime, nous avons eu ces jours-ci la chance de bénéficier d’un soleil régulier. Aussi, après la semaine de travail, il était possible de partir à la rencontre de l’hiver dans son expression locale – et ça fait du bien !

Du haut des monts du Beaujolais, la vue libre offre une fois encore l’étonnante perspective des couleurs du plus proche au lointain. Un bol d’air frais, qui apaise bien des tensions de la vie moderne.

Des résonances personnelles parfois obscures

Avec le retour au berceau familial, où j’ai passé toute mon enfance (ce qui constitue sans doute une rareté en soi), chaque lieu et chaque objet même sont chargés de l’énergie des souvenirs.

Ma fille demande à ce que nous jouions ensemble aux vieux jeux de l’enfance.

Elle ignore naturellement que cette maison de bois est héritée de ma mère, qu’elle a été fabriquée il y a une bonne soixantaine d’années en Scandinavie (certaines parties du mobilier en témoignent) et que plusieurs dizaines d’enfants ont joué avant elle à des jeux pratiquement identiques !
Pour moi, il est un peu difficile de m’y plonger, car chaque détail remonte un flux de souvenirs, qui me happent et dans lesquels je replonge. Je lutte un peu pour éviter ce piège immobile de la nostalgie, mais j’essaye cependant d’apprécier cette présence, qui fabrique une psyché originale – la mienne. Plutôt que d’oublier, je note les vibrations parfois diffuses et parfois nettes.

Et la vie suit son cycle, malgré nous

Alors que nous jouions, ma fille et moi, dans le jardin familial (un autre luxe !), nous nous retournons et remarquons soudain qu’il manque quelque chose : c’est le vieux saule pleureur, qui est à terre !

Ma fille fond en larme et m’annonce tout de go qu’elle “ne leur pardonnera jamais” !

Elle m’explique que cet arbre était son ami. Je mesure alors l’importance de la situation et reconnait que, moi aussi, j’ai entretenu durant mon enfant, une relation particulière à ce grand et bel arbre, qui trônait au milieu de l’espace libre.
L’explication paternelle officielle est que l’arbre, déjà bien vieux (de l’ordre de 60 ans), était pourri et qu’une récente tempête l’a mis à bas. L’intangible monolithe était donc mortel. Vanités parmi les vanités, même les choses les plus permanentes (j’ai toujours connu cet arbre imposant) ont une fin.

Mais, une fois dégagé, il laissera place à sa bouture. Un petit être frêle sera planté et saura peut-être, à son tour, enchanter quelques générations.

Sources et ressources

Ce court séjour aura été, à sa manière, riche en réminiscences et en perspectives.

Il exprime le lien que nous cultivons tous, que nous le voulions ou non, avec une terre d’attache ou a minima avec nos souvenirs.
Certaines résonances remplissent les réservoirs. D’autres nous plongent dans des pensées et des émotions pas toujours élucidées – étrangetés des parcours personnels et de l’inconscient. Le plus souvent en solitaire, ces liens aux lieux, aux choses et aux gens peuvent être nourriture ou canal.

D’un point de vue artistique – car cela reste tout de même le point central de ces billets – ces phénomènes ne sont pas à négliger, car ils participent à l’alimentation d’une vie intérieure, qui est un carburant (positif ou négatif) pour la création.

Aussi peut on affirmer sans risque que ces passages et autres séjours, quoiqu’ils parlent différemment à chacun (et parfois pas du tout, ni au conjoint, ni aux enfants) sont une chance.
Recharger les batteries, faire le plein en ressources émotionnelles et repartir de plus belle pour d’autres expériences vivantes.


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